21.01.2010

Mr. Nobody (Jaco Van Dormael, 2010)

Fantasmes d'enfant

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Le nouveau film de Jaco Van Dormael bénéficie cette fois d’un budget à la hauteur de son talent. Est-ce que Mr. Nobody répond aux attentes des fans ? Pas complètement.  Est-ce que Mr. Nobody répond aux attentes du spectateur lambda ? Difficilement.

Mr. Nobody ne passe pourtant pas loin du chef d’œuvre, il pullule d’idées scénaristiques et esthétiques jouissives qui révèlent la patte de Van Dormael. Mr. Nobody, c’est l’histoire du choix d’un enfant devant trancher entre le fait de rester chez le père ou la mère. Je ne peux en dire plus sans spoiler l’histoire mais toujours est-il que cet enfant vivra 3 destinées différentes. On plane dans une sorte de L’Effet Papillon ou encore The Jacket (ce plan où l’on voit Jared Leto introduit dans le coffre de la morgue). Les acteurs sont bons, Jared Leto est saisissant quoi qu’un peu trop présent à l’écran. Le personnage ne respire pas, on est toujours avec lui. Jaco Van Dormael se fait un plaisir de mélanger temporalités et personnages pour perdre le spectateur dans ce foutoir « très organisé » de la vie de ce Nobody. Comme je l’expliquais précédemment, la patte de Jaco se remarque dans certaines séquences brillamment mises en scène : Cette goutte d’eau qui tombe sur le papier de Nobody qui ne peut pas rappeler sa copine et accuse ainsi un brésilien d’avoir fait cuire ses œufs, les lexies qui récapitulent l’ensemble du film (le vase qui se brise, les tulipes (clin d’œil à toto)), la qualité de la photo est bluffante pour une production belge.

Mais il y a plusieurs bémols dans Mr. Nobody qui empêchent de l’ériger au rang de film de l’année ou encore de film marquant. Le choix parfois judicieux des musiques de la BO mais parfois indigeste (cette séquence dans les nuages où il reprend l’ending de la Ligne rouge, choix étrange une fois sorti du contexte mélanésien), une utilisation excessive d’un effet de blur (notamment durant la séquence du train, au lieu de sacraliser la scène, ça la rend inoubliable mais par ses qualités inesthétiques), quid de l’incursion sur Mars et de l’optique futuriste (ça apporte peu à l’intrigue mais justifierait le budget ?). Un retournement de situation final banal, « on nous a fait attendre jusque là pour ça ? ». Et enfin, je pense qu’il aurait dû ajouter un enjeu dramatique supplémentaire à la simple quête de l’amour (Le récit tient pendant la première heure mais le concept s’essouffle du fait que l’intérêt pour l’intrigue n’est pas renouvelé. Dans Toto le héros, on voulait savoir ce qui allait advenir du « voisin » jalousé. ).

Bref, je ne peux contenir ma déception suite à la vision de ce monument (économique) belge.

20.10.2009

Women (Charles Bukowski, 1978)

Hommage à un vieux dégueulasse !

 

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  • Poche: 382 pages
  • Collection : Le livre de poche
  • Titre : Women
  • Auteur : Charles Bukowski

J’avais été voir la projection du dernier Pixar (Up), il y a quelque temps. Précédemment, je reprochais aux films leurs happy ending et leurs déroulements nunuches. Cette fois-ci, la sensation fût à l’opposé, je me réjouissais de voir ce film plein de bons sentiments qui raconte les tribulations de ce vieillard qui veut à tout prix concrétiser le rêve de sa femme défunte. Je choisissais cette image pour vous situer Bukowski, qui se trouve à l’extrémité contraire de ce modèle.

Le personnage de Women est Bukowski lui-même, il s’appelle Henry Chinaski. Chinaski raconte ses déboires et ses jouissances avec les femmes, ses multiples rencontres avec ces gazelles qui vont et viennent. Il n’arrivera jamais à trouver sa chère et tendre, quand ce n’est pas elle qui déconne, c’est lui ! A la moindre dispute, il sonne à une de ses admiratrices et s’y rend à la condition qu’elle ait à sa disposition suffisamment d’alcool. Le vieux Chinaski est un alcoolo et pervers. Et pourtant, voilà que je ressens autant de sympathie pour ce vieux salopard que pour ce personnage sans ambiguïté de Pixar. Bukowski, c’est surtout cet ancien clodo qui se venge (en quelque sorte) de la gente féminine qu’il épiait sournoisement pendant ses années d’errances.

Par ailleurs, Bukowski ne revendique aucune filiation avec le mouvement de la beat generation. Il le rappelle dans son histoire où il explique qu'il regarde Burroughs tantôt en chien de faillance, tantôt en lui étant indifférent. Bukowski admet particulièrement aimer John Fante.

Après avoir discuté de cet auteur, plusieurs personnes m’ont demandé ce que Bukowski avait de si exceptionnel ? Effectivement, ne raconter que des histoires de beuveries et de sexes ne paraît pas bien folichon, mais sachez que si il n’y avait que cela, j’aurais bien vite passé mon chemin car c’est raconté avec une telle drôlerie et une sincérité qui nous rappelle notre quotidien à tous. Bukowski, c’est le couple moyen en plein, les rixes pour un rien, les scènes de ménage en public et toute cette animosité qui se noie rapidement dans l’amour tendre ou bestial selon la forme du vieux Buk’ !

Quelques extraits du livre de cet amateur de femmes qui les a tellement appréciée qu’il n’a pu que se résoudre à passer son existence à les découvrir … l’une après l’autre !

« Je veux baiser avec toi, elle a dit. A cause de ton visage.

- Qu’est-ce qu’il a mon visage ?

- Il est magnifique. Je veux détruire ton visage avec mon con.

- C’est l’inverse qui risque de se passer.

- T’y pas trop.

- T’as raison. Les cons sont indestructibles. » (p.39)

« Soit t’es trop soûl pour baiser le soir, soit t’es trop malade pour baiser le matin. » (p.42)

« Tu comprends pas. J’vais êt’ célèbre. Mon potentiel est plus élevé que le tien !

- Potentiel, j’ai dit, ça veut pas dire grand-chose. Faut y arriver tout seul. Presque tous les marmots au berceau ont un potentiel plus élevé que le mien. » (p.49)

Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend comme des petits pains, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend moyennement, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit est publié et se vend très mal, l’écrivain se dit qu’il est génial. Si ce qu’un écrivain écrit n’est jamais publié et qu’il n’a pas assez d’argent pour s’éditer à compte d’auteur, alors il se dit qu’il est vraiment génial … (p.184)

Les stars de rock se payaient des filles baisables ; les boxeurs qui montaient se payaient des filles baisables ; les grands matadors se payaient des vierges. Mais seuls les matadors méritaient ce qu’ils gagnaient. (p.187)

C’est ça le problème avec la gnôle, songeai-je en me servant un verre. S’il se passe un truc moche, on boit pour essayer d’oublier ; s’il se passe un truc chouette, on boit pour le fêter, et s’il ne se passe rien, on boit pour qu’il se passe quelque chose. (p.225)

16.10.2009

Seven (David Fincher, 1995)

Chaque péché retourné contre son pécheur

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  • Titre : Seven
  • Réalisateur : David Fincher
  • Origine : USA
  • Acteurs : Brad Pitt, Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Kevin Spacey

Seven débute sur un montage parallèle qui présente tour à tour les inspecteurs Sommerset et Mills. Ils exécutent à rebours les mêmes mouvements, ce montage permet de montrer les dissemblances dans les habitudes des personnages. L’un (Sommerset (Morgan Freeman)) est seul, rangé, classique et souhaite à tout prix prendre sa retraite et fuir la société. L’autre (Mills (Brad Pitt)) est un jeune impétueux sans vergogne, impétueux et impertinent. Le contraste est d’autant plus saisissant que l’un est blanc et l’autre noir.


Opening très original soutenu par la musique de Nine Inch Nails (Closer : Precursor), c’est la seule séquence qui présente la méthode du tueur. Il est difficile en voyant pour la première fois le film de s’en rendre compte. Il se lime les doigts, affûte ses outils …

Mills catégorise le criminel comme un dément supplémentaire, Sommerset reconnaît en lui une sorte de génie maléfique et fait des recherches à son sujet. Le premier crime est perpétré contre un obèse, victime de son péché de gourmandise. On remarque dés cet instant que malgré la référence implicite à La divine comédie de Dante, les crimes sont perpétrés dans un ordre différent (Dante met dans le premier cercle les orgueilleux (comme Aristote etc …)). Il est important aussi de remarquer que l’intertitre mentionnant le jour suivant donne un indice au spectateur sur le meurtre auquel il va être confronté. Par exemple, le jour du crime de la paresse, on verra Mills assoupi sur l’épaule de Sommerset qui renvoie directement au meurtre de la paresse. Le tueur se réfère à nombre d'écrits célèbres : Dante, Milton ("Long est le chemin qui de la lumière mène à l'obscurité"), Chaucer (Les contes de Canterbury).

Seven, c’est aussi un contrepoint au film policier classique (ce n’est pas un thriller). Le tueur se rend à la police et proclame haut et fort ses « œuvres ». Le final ne consiste dés lors pas à la découverte du meurtrier mais plutôt à son dernier acte. Comme si le meurtrier lui-même était le seul acteur alors que Mills et Sommerset, tous policiers qu’ils soient, deviennent de simples spectateurs comme nous.

La séquence durant laquelle Sommerset et Mills amènent le tueur à l’endroit qu’il leur a recommandé, met en place un débat sur l’éthique du criminel. Pour Mills, le tueur n’aura pas plus de succès qu’un slogan publicitaire, il se positionne donc en tant que policier omniscient qui crée une sorte de barrière entre sa logique et celle du tueur, ceci est renforcé par le fait que David Fincher filme Brad Pitt de derrière les barreaux de la voiture pour montrer la subjectivité du tueur et inversement. Morgan Freeman ne cautionne en rien les actes du tueur mais essaie de comprendre la nature de ses agissements. Une nouvelle fois, Fincher illustre parfaitement cette tendance en filmant le regard de Freeman dans le rétroviseur de manière à montrer une sorte de proximité entre les personnages. Finalement, Freeman est plus proche de ce tueur qu’il pourchasse que de Pitt qui incarne la nouvelle police décadente. Freeman et le tueur sont d’accords, c’est sur la manière de crier leur mal qu’ils divergent d’opinion.

Il reste un cadavre à découvrir mais deux péchés à blâmer. La curiosité du spectateur est particulièrement éveillée. La camionnette de livraison approche et livre une boîte qui ne peut contenir un cadavre. Morgan Freeman ouvre la boîte et est terrifié par ce qu’il découvre. L’objet de sa découverte nous reste inconnu, Pitt tient en joue le tueur. Le tueur fait l’aveu d’envier la vie de Brad Pitt, Brad Pitt découvre que la tête de sa femme est dans la boîte et descend le tueur. Une fin des plus noires et une réussite énorme pour un des réalisateurs les plus talentueux de notre génération.