15.12.2008

Cruising (W. Friedkin, 1980)

Cruising, film culte ou brulôt homophobe ?

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Cruising est un film de William Friedkin réalisé en 1980 (adaptation du roman homonyme de Gerald Walker). La communauté gay (cible du film) fût très mécontente du portrait peu glorieux que Friedkin en a fait, la polémique fût telle qu’Al Pacino lui-même se rebella par la suite contre Friedkin. Celui-ci prétextera par la suite qu’il fût mécontent de sa collaboration avec le jeune acteur italien qui arrivait en retard sur le plateau et adoptait un comportement lymphatique.


Friedkin s’est forgé un nom avec l’Exorciste, son film culte, dont on sait qu’il ne laissa pas non plus indemne l’actrice principale. Le réalisateur avoua ne plus trop s’intéresser au cinéma pendant un temps lui préférant l’opéra (plus compliqué à mettre en scène affirme-t-il). Il réalisera en 2007, Bug, sorte de huis clos ancré sur une paranoïa entomophobe.

Il est certain que Cruising ne dresse pas un portrait qui soit favorable à la communauté gay tant l’aspect strictement sexuel de leurs activités est mis en avant. Il n’en reste pas moins que ce que Friedkin a filmé, correspond en grande partie à des séquences tournées en direct sur des lieux réputés comme appartenant à la communauté gay (situés à New York notamment.).

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Le générique introduit directement le spectateur dans l’ambiance du film, des lettres capitales blanches sur fond noir défilent et annoncent le titre : C-R-U-I-S-I-N-G.

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Le premier personnage que nous découvrons est le tueur, il est toujours filmé de dos et seule sa voix (ressemblant à celle d’un service de téléphonie érotique) nous permet de le reconnaître par la suite. Etant donné qu’il a tous les attributs typiques de la communauté dans laquelle il est (veste en cuir, lunettes noires, chapeau marin … le cliché fonctionne bien à ce niveau.).

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Le tueur emploie dans un premier temps le couteau comme un instrument à connotation phallique vecteur d’excitation, même si son usage premier induit une menace explicite. Ce couteau est extrait du sac du tueur parmi d’autres instruments pour sado-maso d’où la confusion à cet instant sur le futur emploi qui sera fait de l’objet.

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Al Pacino est introduit comme un personnage secondaire, Friedkin n’a aucune volonté de le singulariser. Il s’agit d’un homme comme tout le monde contraint à accomplir un job contre son gré même si il finit par dire « j’adore ».

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Ainsi le portrait de la communauté gay est de plus en plus crasseux et tendancieux, Al Pacino remarque des foulards dont le fait de le revêtir suggère l’état d’esprit de son possesseur (le jaune induit qu’il souhaite une fellation etc …).

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Al Pacino pense dans un premier temps ne pas pouvoir s’intégrer à cette communauté, il se maquille, se muscle de sorte d’avoir l’apparence requise. Dés lors, il n’a plus de vie privée, son boulot prend tout son temps, ses activités privées se limitent à concevoir son camouflage pour s’incruster dans le club. La scène où il fait l’amour à sa copine est assez évocatrice. Lors du premier meurtre, le tueur fait l’amour (scène non montrée) puis tue sa victime, il y a toujours ce rapport constant entre sexe et mort (en référence à Eros et Thanatos). Lorsqu’Al Pacino accomplit l’acte sexuel, seule sa bestialité ressort. On sent déjà que son travail l’a changé !

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Désormais il porte le foulard, signe d’appartenance à la communauté gay, mais n’assume pas encore cette étiquette comme un des membres du club lui dit ! De retour avec le tueur, toujours la voix érotique pour le caractériser. On le reconnaît aussi par sa ritournelle « Loup où es-tu ? M’entends-tu ? » (référence implicite à M Le Maudit et le Peer Gynt de M).

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On revient sur Al Pacino, il n’appartient à aucun des deux milieux, soumis d’une part à l’autorité dans le monde judiciaire et d’autre part aux codes de conduite pour s’immiscer dans la communauté gay. Il garde ses bracelets dans sa vie privée symbolisant qu’il ne fait plus la part des choses, comme si son attaque avait révélé une face cachée de sa personnalité (son homosexualité).

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Lors du second meurtre, un insert de la photo de la première victime précède le fait que le meurtrier sorte le couteau justifiant l’acte qui suit. Une nouvelle fois, le meurtrier dit « Tu m’as forcé à faire ça ! » en référence à son père toujours insatisfait de ses accomplissements.

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Al Pacino est en T-Shirt dans la boîte, il est désormais décontracté, comme un poisson dans l’eau pourrait-on dire en exagérant. S’ensuit une scène encore plus tabou concernant les activités de la communauté gay. Un type se fait sodomiser mais la composition de l’image suggère directement une idée de soumission et de servitude (planche en bois, chapeau de cow-boy, chaînes évoquent directement l’image d’une ferme).

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Plus tard, lors d’un repas, quelques plans successifs de couteaux alternés avec ceux des acteurs déchiquetant un steak permettent une analogie avec le couteau du tueur et le contact de celui-ci avec la chaire humaine. Al Pacino sort du club par une porte (Private club, members only), il est désormais un membre privilégié, il est difficile de définir les limites entre son investissement personnel et celui dédié à l’enquête.

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Plus tard, la police obligera un jeune homme à se masturber devant eux, l’accusant à tort (rappelant les 120 jours de Sodome.). Al Pacino ne croit plus en ses mentors bien qu’il simule son adhésion à leurs agissements. Friedkin dépeint donc tout autant le système répréhensif policier et le caractère sado-maso lié au secteur gay !

Le tueur est ensuite découvert dans son intimité, il fait de la musculation comme Al Pacino tout en se regardant dans le miroir, ils partagent ce même côté narcissique. Tous deux agissent contre leur gré, l’un forcé par son père, croit prendre la route que celui-ci lui avait tracée alors que l’autre se refuse de plus en plus à suivre les méthodes employées par la police (humiliation pour obtenir des informations.).

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Vers la fin, Al Pacino porte les mêmes lunettes que le tueur. Une nouvelle victime est découverte, il n’y a aucune trace de lutte dans l’appartement ce qui suggère qu’elle a eu un rapport d’intimité avec son meurtrier. Ainsi le meurtre n’est plus montré, invitant le spectateur à faire sa propre enquête !

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Le nouveau tueur est filmé avec une certaine distance, le bruit des chaînes le caractérise (comme l’ancien). Al Pacino revient chez sa copine, elle essaie ses vêtements en cuir et son chapeau, il a le même look que le précédent tueur. S’ensuit un plan intriguant montrant qu’il se regarde dans le miroir interrogeant le spectateur (comme si il constatait notre présence). La dernière séquence est quasi similaire à celle d’ouverture, on distingue un bateau. Dans la séquence d’ouverture, il repêchait un cadavre, c’est pourquoi Friedkin le fait simplement défiler à l’écran car le spectateur fait inconsciemment le lien entre les deux séquences. Une fin remarquable dans lequel, tout est implicite, le spectateur fait ses propres déductions !


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Malgré le caractère tendancieux de l’œuvre, Cruising n’en reste pas moins un modèle du genre. Une descente aux enfers d’un homme comme tout le monde sacralisée par la dernière séquence !

Commentaires

Je viens de le regarder, vraiment bon en effet, l'ambiance poisseuse par moment et la tension qui émane du personnage principal m'ont vaguement fait penser à Taxi Driver, excellente fin comme tu le soulignes (la scène du miroir) !

Ecrit par : Mass | 20.08.2009

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