28.02.2009

Gran Torino (Clint Eastwood, 2009)

La rencontre improbable entre un vétéran de la guerre de Corée et un jeune coréen timoré

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Parmi les quelques vieux réalisateurs endurcis, Clint Eastwood a parfaitement trouvé sa place. Salué à chaque fois par la presse, unanimement encensé. A se demander comment l’ancien cowboy pouvait encore nous émouvoir et mettre la barre plus haut qu’il ne l’avait déjà fait ! Dernièrement, il avait un peu déçu ses fans avec un L’échange trop bavard même si on lui reconnaît des qualités indéniables (notamment avoir donné un rôle sans égal à Angelina Jolie depuis Vie volée).

Résumé : Walt Kowalski est un vétéran de la guerre de Corée. Après l’enterrement de sa femme, il se replie sur lui-même n’ayant plus que sa chienne pour le divertir. Entouré d’immigrés en tous genres. Walt aura une rencontre fortuite avec ses voisins après que le fils ait volé sa Gran Torino …

clint.jpgClint Eastwood incarne un personnage proche de celui qu’il incarnait dans Million Dollar Baby … Un vieil homme aigri, rongé par son passé, trahi par les siens et dont la rencontre avec un jeune exercera sur lui un effet cathartique. Ce qui est merveilleux avec Gran Torino, c’est que Clint définit un personnage qui rappelle aussi ses premiers rôles de cowboys et renvoie plus précisément au personnage de Blondin. Tout comme Blondin, il cache son passé, veut s’en affranchir, oublier … Mais son quotidien le ramène tout le temps à la réalité de la guerre (violence entre les gangs, pseudo invasion « coréenne » dans le quartier). Clint Eastwood renoue avec ses mimiques de cowboy (lèvre relevée pour montrer le mépris, cracheur invétéré), le film est d’ailleurs filmé par moments comme un western (gros plans successifs des visages des personnages avant de montrer le « duel », ici verbal et dans la mise en scène assortie de traits de modernité comme ce plan dans lequel une coréenne est brutalisée par un gang de blacks et Clint arrive tel le messie dans son pick up, son visage nous est alors indirectement montré par le biais du rétroviseur). Clint frise quelques fois la parodie (il crache pour montrer son mépris à la voisine, celle-ci crache plus loin que lui …). Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Gran Torino ne signifie pas que le personnage principal sera la voiture elle-même ou que nous allons assisté à un road movie comme Honkytonk man. La voiture est le symbole de cet homme vieillissant, elle est sans cesse lavée d’où l’idée que le personnage souhaiterait lui aussi se laver de ses propres péchés mais au contraire de son application sur une voiture, cette démarche n’est pas simple. Cette Gran Torino est une survivance, symbole d’un Clint « has been », condamnée à rester dans son jardin pour le satisfaire lui seul. D’où le paradoxe que cette voiture n’a pour vocation que de séduire ses propres yeux et non d’impressionner les foules, d’où l’édification d’un personnage dans un premier temps profondément asocial et marginal.

A mesure que Walt Kowalski va découvrir la bonté de ses voisins, non sans un cliché assez amusant montrant les coréens le remercier comme si il était un sauveur parce qu’il a expédié une bande de caïds hors de son jardin. Walt Kowalski est un faux méchant, il se comporte avec une agressivité humoristique avec les habitants de son village notamment le coiffeur italien. Tous sont des immigrés ayant plus ou moins réussi leur intégration, d’ailleurs Kowalski sonne tout autant comme un nom étranger. Ce Kowalski ne donne que peu d’informations sur son passé, notre curiosité ne sera pas complètement satisfaite car on sait qu’il a été mutilé durant la guerre mais on ne sait pas ou comment, c’est le présent qui a une importance primordiale. Symbole de ce passé perdu, cette Gran Torino est la plus grande possession de Kowalski, son don au jeune Thao traduit grossièrement la tendance désormais humaniste du personnage et non plus matérialiste.


Gran Torino, c’est aussi une remise en question de la société américaine, la question de l’immigration et de l’accès à la profession pour les étrangers, la question du statut de la vieillesse méprisée par la jeunesse (la vieille dame qui fait tomber ses courses, un jeune fait mine de vouloir l’aider avant de simuler une sodomisation, arrive alors le jeune voisin timoré comme un petit candide altruiste, sujet du changement de caractère de Clint) ou ignorée (comme Clint). C’est donc les valeurs américaines qui sont passées au vitriole comme la tendance familiariste dénoncée dans Gran Torino (les enfants de Clint souhaitent s’en débarrasser et le mettre à l’hospice, l’insultant indirectement de vieux).

Là où le bas blesse en mon sens au niveau de la société américaine. C’est que l’univers décrit, détruit l’idéal américain prônant l’individualisme, le rêve américain est détruit (la femme est morte) ou moqué (les enfants matérialistes) et ironisé (le chien, seule subsistance du cliché). On a par moments la sensation de voir une vitrine pro communiste (ces pauvres familles unitaires qui sont unies envers et contre tout et défendent par-dessus tout des valeurs …). On ne peut que comprendreque Clint définit ce microcosme représentatif de la société coréenne lambda comme une forme d’idéal qui ne se réalisera jamais (La religion impuissante, la police jeanfoutiste, l’intégration inaboutie, l’entraide entre les familles Hmong impossible à concrétiser). D’ailleurs, Clint précise qu’il a plus en commun avec cette famille qu’avec son propre peuple.

27.02.2009

Peer Gynt / Les piliers de la société / La maison des poupées (Henrik Ibsen, 1867)

Henrik Ibsen, entre tradition et modernisme ...

 

Peer Gynt

 

peergynt.jpgAprès avoir écouté l’opéra de Grieg intitulé Peer Gynt , j’étais intrigué par cet auteur maintes fois mentionné qu’était Henrik Ibsen. Logiquement, j’ai commencé à lire « Peer Gynt » qui de ce que j’ai lu est l’œuvre que j’ai le plus apprécié ou du moins, celle que j’ai trouvé la plus originale. Peer Gynt, c’est l’histoire d’un jeune exotique, qui vit entièrement dans un monde d’illusions imprégné du folklore national. Ainsi, le récit évoque des entités légendaires telles que les trolls, hobgobelins, nains, … et renvoie directement à la mythologie allemande (Siegfried, l’Anneau des Nibelungen d’Albérich, …).

 

Le récit me rappelle un roman contemporain de Jonathan O’Toole (La conjuration des imbéciles) dans lequel le « héros » (ou plutôt anti-héros) se prend aussi pour une sorte de Siegfried des temps modernes. Si bien lui que Peer Gynt sont des asociaux, grands idéalistes de la société et paradoxalement, complètement déphasés.

 

Résumé : Peer revient bredouille de la chasse. Sa mère le réprimande comme à l’accoutumée et l’insulte d’incapable. Ils doivent quitter la ville, Peer cherchant à gagner sa liberté, suspend sa mère sur le toit et part pour une odyssée allégorique durant laquelle chacune de ses rencontres est teintée de fantastique. Fabulateur à souhait, Peer s’imagine entouré de personnages légendaires et mène une forme de rébellion …

 

Les piliers de la société

 

piliers de la société.jpgCe récit se veut moins porté sur l’allégorie, il est davantage imprégné de l’actualité de l’époque. Les personnages principaux s’interrogent sur la venue des américains sur leur continent et la voit d’un mauvais œil. Ce phénomène est toujours assez présent dans une moindre mesure dans des pays comme la Norvège où les habitants demeurent méfiants quant à l’immigration. Ainsi la culture de ses pays est bien souvent orientée sur la tradition et le folklore locale, en témoignent les arts nordiques en général.

 

Résumé : La jeune Dina Dorff souhaite à tout prix fuir la Suède qu’elle estime comme étant une patrie de gens trop parfaits. Elle veut rejoindre une vie plus décadente, moins policée, plus libre et voit les Etats-Unis comme la terre promise ! Les vieilles suédoises conservatrices s’opposent à son départ. D’un autre côté, Mr. Bernick, entrepreneur célèbre de la ville, modernise le pays en installant un réseau de chemins de fer. Un secret inavouable va bientôt être révélé ce qui pourrait compromettre sa carrière …

 

La maison des poupées

 

piliers de la société.jpgCette pièce est plus conventionnelle que les autres, il s’agit d’une sorte d’éveil d’une jeune dame au monde adulte. On sent le désir chez Ibsen de briser constamment la « tradition ». Ici, c’est l’idée du ménage idéal (un couple heureux et deux enfants). Dans son désir d’épargner constamment son mari des vicissitudes de sa vie, Nora constate qu’elle n’est qu’une sorte de poupée que son mari pomponne comme « faire-valoir » ! Au même titre, qu’elle pomponne à son tour ses enfants comme des poupées. Elle finit par comprendre que quitter la maison des poupées est la seule solution pour son salut …

 

Résumé : Nora, sorte d’éternelle assistée, reçoit une ancienne amie. Elle lui raconte que son mari a reçu une grande promotion. Promotion qui se voit compromise lorsqu’un subalterne du mari exerce un chantage sur Nora en lui rappelant une vieille dette toujours impayée …

23.02.2009

Sur mes lèvres (Jacques Audiard, 2001)

Audiard/Desplat, un duo détonnant

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Cela fait quelques temps que j'avais du mal à approcher le drame français, encore dernièrement Le couperet ne m'avait satisfait qu'à moitié malgré une grande interprétation de José Garcia. Après avoir regardé De battre mon coeur s'est arrêté, j'avais un a priori positif envers Jacques Audiard (le fils de Michel Audiard). Sur mes lèvres est sans doute l’un des meilleurs films du réalisateur, probablement l’un des meilleurs rôles de Vincent Cassel. Celui-ci dira d’ailleurs à cet égard qu’il s’agit de son meilleur rôle et du meilleur scénario qu’il ait eu entre ses mains. Ceci n’est pas dû au hasard, plusieurs grands messieurs du cinéma ont contribué au succès du film. Commençons par citer Tonino Benacquista (rendu célèbre par son roman Malavita), Sur mes lèvres est sans doute l’une des adaptations les plus réussies des œuvres de l’auteur … En ce qui concerne Vincent Cassel, il a un rôle proche de celui qu’il avait dans La haine ou encore dans certains courts métrages kourtrajmés, celui d’un jeune rebelle ayant un rapport conflictuel avec les forces de l’ordre dont la banlieue est le terrain privilégié. Son personnage est ici très attachant, ses rapports avec cette jeune femme capable de lire « sur les lèvres » sont teintés de subtilité. Il est inévitable que ces deux âmes se rencontrent, mais tout les éloigne … Il faudra que la jeune femme (Emmanuelle Devos) se convainc de son pouvoir de séduction et stimule à nouveau son rapport à l’homme pour que leur union soit possible. Tous deux essayent de s’intégrer dans un monde qui semble les rejeter, Vincent Cassel est un repris de justice qui peine à trouver un boulot alors qu’Emmanuelle Devos est sujette aux brimades de ses collègues.

Lorsque Emmanuelle Devos doit se trouver un suppléant pour la soulager d’une partie de son travail, elle demande que la personne recherchée soit un homme de 25 ans, ce à quoi on lui répond qu’on ne peut choisir un homme plutôt qu’une femme car il s’agirait d’une forme de ségrégation. Emmanuelle Devos fait sa demande comme si elle s’adressait à une agence matrimoniale, l’allusion est directement repérée par le spectateur. Emmanuelle Devos a une forme de surdité, ce qui explique le fait qu’elle ait généré un don qui lui permet de lire sur les lèvres (d’où le titre du film). Alors que Vincent Cassel va l’aider à évincer les concurrents pour la présentation de ses contrats, elle en vient à aider Vincent Cassel à chercher la planque de l’argent de son patron (qui l’exploite) …

18883994.jpgLa BO est signée Alexandre Desplat et s’avère aussi être très réussie, il s’agit de la seconde collaboration entre Desplat et Audiard, il fera aussi la BO de « De battre mon cœur s’est arrêté ». La BO de Sur mes lèvres est partagée entre les influences européennes (plutôt sobre) et américaines (Plus vibrante et davantage portée sur les aigus). La musique diffusée lorsque Emmanuelle Devos prévoit de rejoindre Vincent Cassel à la discothèque fait penser à Light (Sur la BO de la Ligne Rouge de Hans Zimmer), même si Desplat n’a pas encore la virtuosité (au piano) qu’il aura dans la BO de Tainted Veil.

 

Le traitement du son est aussi particulièrement intéressant. L’ingénieur du son nous permet une meilleure identification au personnage d’Emmanuelle Devos en réduisant la qualité du son ou non selon que l’actrice a mis son dispositif auditif ou pas ! Dans une même optique, l’actrice épie ses collègues et explique à Vincent Cassel ce qu’ils racontent, la rendant ainsi indispensable à la bonne compréhension de l’intrigue ce qui confirmera d’ailleurs par la suite lorsqu’elle épiera le patron de Vincent Cassel. Ainsi, les effets cinématographiques qui permettent une meilleure identification à ce personnage sont très efficaces et subtiles !

19.02.2009

Etude en rouge (A. Conan Doyle, 1878)

Le mythe de Bakerstreet

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Etude en rouge est la première aventure de Sherlock Holmes écrite en 1878. La narration est déléguée à Watson, ce qui permet de mieux mettre en évidence les exactions de Sherlock Holmes, l'érudit. Avant d'introduire le personnage de Sherlock Holmes, je souhaiterais introduire son auteur. Bien des auteurs restent inconnus et effacés par la popularité de leur héros. Ce fût le cas pour Conan Doyle et maints écrivains (Cervantès et Don Quichotte, Maurice Leblanc et Arsène Lupin, Gaston Leroux et Rouletabille, etc ...). C'est pourquoi, un hommage à cet auteur de génie et d'avant-garde s'impose ! Arthur Conan Doyle est avant tout un amateur d'action et de sport (boxe et automobile), alors que son récit nous donnerait plutôt l'image d'un dandy intellectuel (style Oscar Wilde). Conan Doyle, c'est aussi un fervent patriote, toujours prêt à partir dans diverses contrées pour lever l'étendard anglais. Ce point se ressent d'ailleurs très fort dans l'Etude en rouge dans lequel Watson revient d'un périple en Afghanistan, ce qui permet d'ailleurs pour la première fois à Sherlock Holmes de faire part de son talent hors norme pour l'observation. Conan Doyle est un auteur tantôt méprisé, tantôt adulé. Accusé dans un premier temps de plagiats envers plusieurs de ses amis dont H.G. Wells (La guerre des mondes), Conan Doyle reçoit l'étiquette d'écrivain "populaire" tant le succès immédiat de son héros Sherlock Holmes ne mettait pas en exergue la connaissance littéraire de la personne qui citait son nom et était relégué au statut de héros "populaire". Désormais, la question ne se pose même plus tant Sherlock Holmes est imprégné dans l’inconscient collectif. C’est d’ailleurs sur ce point qu’il faut insister pour revoir qui est réellement Sherlock Holmes ?

 

Sherlock Holmes serait aujourd’hui jugé comme étant un personnage orgueilleux, asocial mais intelligent. C’est d’ailleurs sur cette notion d’intelligence qu’il faut insister, Sherlock Holmes n’est aucunement cultivé mais est très intelligent, il ne connaît rien de la culture populaire (Il ne sait pas qui est Copernic …), c’est d’ailleurs pour cela que Sherlock Holmes vit en retrait, ce sont les gens qui viennent à lui (ses clients comme ils les appellent). Sherlock Holmes fuit la banalité, exècre le quotidien, il a besoin d’action intellectuelle (comme son auteur) pour stimuler ses neurones, sans quoi il en vient systématiquement à fumer de la cocaïne (comme quoi, même Sherlock Holmes pourrait un tant soit peu être jugé comme un héros subversif). Sherlock Holmes est aussi un personnage extrêmement vaniteux, totalement opposé à Columbo par exemple qui se joue de son apparence pour tromper son interlocuteur. Holmes se sait intelligent et dénigre Watson lorsqu’il ne met pas assez en lumière son talent dans les articles qu’il écrit à son sujet. Holmes ne veut pas être connu mais il veut que sa méthode le soit, il veut qu’elle devienne une sorte de paradigme !

 

Watson est le personnage qui met en lumière la méthode de Sherlock Holmes, il est une sorte de spectateur et permet parfaitement l’identification du lecteur tant il relate mot à mot les faits et gestes d’Holmes, il apprend systématiquement les faits en même temps que nous et est souvent dépassé par le génie de Sherlock Holmes. Watson est indispensable aux aventures de Sherlock Holmes, ce dernier n’aurait personne à épater sinon.

 

Quant au roman Etude en rouge, il pose les bases de la méthode de Sherlock Holmes. Celui-ci prétend qu’il faut 3 qualités pour être détective : l’observation, la déduction et le savoir. Holmes possède les 3 évidemment et revisite l’histoire des romans policiers en prétendant que bien souvent, les héros n’en possèdent que deux (notamment le détective Lecoq). Holmes n’utilise bien souvent que son talent d’observation, son savoir ne sert qu’à confirmer aux yeux de tous la véracité de ses observations.

 

Résumé : Le Dr. Watson revient d’Afghanistan où il a servi comme docteur pour les troupes militaires anglaises. A son retour à Londres, il cherche un appartement et rencontre Sherlock Holmes. Sherlock Holmes intrigue Watson au point qu’il se joigne à lui lors d’une enquête dans laquelle un cadavre est retrouvé sans traces de luttes au préalable …

 

15.02.2009

La route (Cormac MacCarthy, 2007)

La route, la réponse à No Country For Old Men

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Cormac MacCarthy est un écrivain américain qui a vécu toute son enfance dans le Texas, cet état l'influencera profondément ses oeuvres dans lesquelles les êtres humains se voient toujours opposés dans un univers vaste chargé de possibilités mais qui laisse plus souvent germer le mal que le bien. La route s'oppose à No country for old men (dont les frères Coen réaliseront un film qui reçevra quelques oscars en 2008) sur ce point, ici le monde n'est plus chargé de possibles, nous sommes dans un monde post-apocalyptique où un père cherche à éduquer envers et contre tout son fils. Contrairement au film La vie est belle (Roberto Benigni), rien n'est fait pour épargner le petit garçon. Son père doit faire face à la séparation impromptue avec sa femme et se charger dans un même temps de l'éducation involontairement spartiate.

Cet enfant, sorte de survivance d'humanité, dans un monde qui n'y laisse plus aucune place, cherchera en vain le contact avec les autres. Mais son père, est à juste titre profondément méfiant et évitera un maximum les êtres humains, ceux-ci étant devenus pour la plupart des cannibales. C'est donc un écrit à la fois désepérant et criant de réalité qui nous éveille sur le problème contemporain du manque de communication ! Le récit est extrêmement dur car il nous fait épouser le regard juvénile d'un enfant qui observe un monde de désolation jonché de cadavres, de maisons à l'abandon, ... Il évoque aussi un message remarquable sur la paternité d'un père qui fait l'impossible pour sauver son fils (lui offrant allègrement sa part de pommes ou sa couverture), c'est sa propre vie qu'il met en jeu constamment lorsqu'il accepte de secourir certaines personnes pour garder l'estime de son fils.

Toutefois, La route est plus optimiste que No country for old men dans lequel tous les protagonistes qui gravitent autour de Chigurh finissent par abandonner la poursuite de celui-ci. Il finit d'ailleurs par corrompre l'enfance (image de pureté chère à Cormac MacCarthy) en donnant de
l'argent en échange du silence de deux enfants, s'ensuit une dispute entre ceux-ci quant au partage de cet argent. La route est définitivement un livre à tendance humaniste qui voit toujours les personnages en proie dans la recherche et la fuite de l'autre. Le plus déconcertant est que l'on ne peut pas être indigné par le fait que l'être humain chasse son prochain étant donné qu'il devient l'unique source de survie pour sa propre existence, on en revient donc à une logique purement darwinienne et individualiste que seul l'enfant, de part son innocence, souhaite rompre ! Le roman s'érige aussi comme une sorte d'anti-Mad Max, montrant deux individus fuyant le conflit et le contact.

Un extrait significatif du livre :


Tu veux que je te raconte une histoire ?
Non.
Pourquoi pas ?
Le petit le regarda puis détourna les yeux.
Pourquoi pas ?
Ce ne sont pas des histoires vraies.
Ca n'a pas besoin d'être des histoires vraies. Ce sont des histoires.
Oui. Mais dans les histoires on aide toujours quelqu'un et nous on aide personne.
Pourquoi tu ne racontes pas toi-même une histoire ?
Je n'en ai pas envie.
D'accord.
Je n'ai pas d'histoires à raconter.
Tu pourrais me raconter une histoire sur toi.
Les histoires sur moi tu les connais déjà toutes. Tu étais là.
Il y a des histoires au fond de toi dont je ne sais rien.
Tu veux dire quelque chose comme des rêves ?
Comme des rêves. Ou simplement des choses auxquelles tu penses. Ouais, mais en général les histoires sont des histoires qui finissent bien.
Pas forcément.
Toi, tu racontes toujours des histoires qui finissent bien.
Tu n'as pas d'histoires qui finissent bien ?
Elles sont plutôt comme la vraie vie.
Mais mes histoires à moi ne le sont pas.
Tes histoires à toi ne le sont pas. Non.

What's up ?


Une adaptation est en cours par John Hillcoat. Le casting désigne Viggo Mortensen dans le rôle du père, et Charlize Theron (Monster) dans le rôle de "l'enfant" ? et encore Guy Pearce (Memento)

Première image du film qui sortira "prochainement" :

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14.02.2009

Focus : Oscars 2009 des BO

Focus : Oscars 2009 - La meilleure BO

 

1. Wall E - Thomas Newman

walle.jpgThomas Newman nous a habitué depuis 2 décénies à nous offrir des BO exceptionnelles. Toutefois, après l'avoir vu participer dans des projets comme Jarhead ou Les sentiers de la perdition aux côtés, on pouvait se demander ce que l'homme serait en mesure d'apporter à un dessin animé. Rares sont les films en 3 dimensions qui arrivent à conçevoir des BO qui puissent égaler les contributions d'Alan Menken et cie dans les films Disney. Nous avions bien des essais consternant comme I like to move it dans Madagascar qui essaient de mêler musique techno "commerciale" au succès si peu légitime aux facéties des 4 animaux évadés. Bref, on s'éloignait depuis un petit temps d'une qualité réelle en matière de musiques pour films de dessins animés. Wall E remet à ce niveau les points sur les "i". Le style de Newman est omniprésent, notamment dans la musique Static. L'oscar de la meilleure BO devrait selon moi, revenir à Thomas Newman cette année !

19025983.jpg2. Defiance - James Newton Howard

James Newton Howard signe ici une BO d'un registre dans lequel on est moins habitué à le voir. L'essai est osé car il est difficile d'y retrouver la poésie qu'il avait coutume d'insérer dans ses partitions pour les films de Night Shyamalan. Cette BO fait penser à celles que l'on peut entendre des films asiatiques de Park Chan Wook ou Wong Kar Waï.

 

slumdog.jpg3. Slumdog Millionaire - Rahman

Petit vent de fraîcheur. Un compositeur méconnu nous livre une BO des plus intéressantes de part son caractère exotique, elle se veut à la fois un mélange de musiques traditionnelles indiennes et de culture hip-pop hindoux. Le mélange séduit et est convaincant, la nomination est légitime. Toutefois, cette BO ne reprend que des musiques traditionnelles du nord de l'Inde, la musique traditionnelle du sud (carnatique) est-elle boudée ? Ceci constitue selon un point négatif dans le sens où le film se veut être une sorte d'édification tantôt glorieuse du patrimoine indien (Côté carte postale des décors malgré la pauvreté et la crasse qui règnent sur les lieux), tantôt exagérée (Méthodes policières répressives et manipulation du présentateur (ça change de foucault)), la BO ne donne qu'un point de vue strictement moderne de l'Inde et semble évacuer l'aspect traditionnel de la musique indienne.

button.jpg4. L'Etrange histoire de Benjamin Button - Alexandre Desplat

Elle rappelle les partitions de Danny Elfman pour L'Etrange Noel de Mr. Jack ou Big Fish. Très conventionnelle et discrète. Elle convient parfaitement à ce type dans lequel la musique enrichit le caractère onirique et fantasmatique de l'oeuvre, toutefois de là à la nominer aux Oscars ... Lorsqu'on constate que la BO de Tainted Veil fût boudée il y a 2 ans, on en viendrait à se demander si les qualités cinématographiques de L'Etrange Histoire de Benjamin Button ne viennent pas fausser le jugement sur sa BO, bien en-dessous de ce que Desplat a produit. Il ne s'agit pas d'une BO qui puisse s'écouter indépendamment du film ou bien, cette lecture devra être passive et palliée par une autre activité car on s'ennuie bien vite en l'écoutant.

19049971.jpg5. Harvey Milk - Danny Elfman

Pas écoutée. Il s'agit de la BO du prochain film de Gus Van Sant qui sortira au courant du mois de Mars chez nous !

 

 

 

Les oubliés :

batman.jpgBatman : Dark Knight - Hans Zimmer / James Newton Howard

Deuxième collaboration entre deux pontes de la musique de films, ce qui en soit est très rare dans le cinéma contemporain. Ceux-ci prétendent avoir collaboré sur chacunes des musiques du film. On ne peut douter de leur bonne foi, mais il est certain que l'influence d'Hans Zimmer se ressent plutôt dans les jingles du Joker alors que celle de James Newton Howard transparaît plus dans les partitions d'Harvey Dent. Il s'agit d'une BO osée et (c'est le cas de le dire !) originale dans le sens où Hans Zimmer n'hésite à créer des sons stridents et disharmonieux (Why so serious) pour le personnage du joker et ce dés la fin du générique. Outre les compositions du Joker, il est évident que l'on surfe sur des variantes des partitions du premier film (en particuliers en ce qui concerne James Newton Howard). Le caractère de cette BO est toutefois moins naïf et plus éclectique, plus sombre comme en atteste ne serait-ce que le titre du film. Une grande réussite et un score qui ne répond pas pour autant aux standards commerciaux comme on pourrait l'imaginer (à l'instar de celle de L'Etrange histoire de Benjamin Button).

prixde.jpgPride and Glory - Mark Isham

Un peu déçu par le film (bien que fan d'Edward Norton), constatons que la BO est particulièrement réussie. Décidément, Mark Isham est désormais l'un des compositeurs sur lesquels on doit compter. Il réitère une BO qui ne va pas sans rappeler celle de Crash réalisé par Paul Haggis, musique proche d'un style "ambient music", à la fois discrète et mélodique. Une très bonne surprise mais Isham est une nouvelle fois boudé comme en 2005 lors de la sortie de Crash, où on lui avait préféré Les secrets de Brokeback Mountain.

09.02.2009

American Psycho (M. Harron, 2000)

American Psycho, comparaison entre le livre et le film

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American Psycho est le best-seller de Bret Easton Ellis sorti en 1991. Chef d'oeuvre du roman transgressif, American Psycho est un témoignage de la précocité et de l'érudition de son auteur. De fait, celui-ci divulgue ses connaissances si bien musicales que celles traitant de la mode. Culture qui peut certes paraître inutile par moment comme sa façon d'emphaser sur les différentes marques qu'utilisent son personnage principal mais cela permet de mieux passer au vitriole les aléas d'une société fondée sur la consommation.

Résumé : "Patrick Bateman, jeune directeur d'une société côtée en bourse "P&P", se plaint de la monotonie de sa vie qui se limite à ses allées et venues entre salles de sport et restaurants. Il s'amuse à distiller sa connaissance devant ses amis mielleux autour d'un verre de chianti "1980". Un jour, Patrick assassine un vieux mendiant ainsi que son chien. Ce jour est un déclic, il se sent soulagé. Ainsi commence la carrière du tueur en série ... Patrick Bateman ! "

American Psycho est un livre insoutenable par moments, le livre regorge de détails concernant les scènes de mutilation comme celle où Patrick insère du fromage dans le vagin d'une femme après quoi il insère un rat via un tube dans celui-ci. Force est de constater qu'il arrive parfaitement à faire en sorte que le lecteur se fasse une représentation de l'objet qu'il décrit. American Psycho, c'est aussi et surtout une critique de la société post-Ronald Reagan, société plongée dans une période de récession mais dont les vicissitudes ne transparaîssent guère dans le roman étant donné que Patrick Bateman prend à coeur le fait de critiquer les minorités (Le personnage est à la fois rasciste, misogyne, homophobe etc ...).

Le roman rappelle aussi les évènements principaux de cette époque, l'avènement de U2 pour qui le personnage principal éprouve une profonde aversion. L'apogée de la gloire de Phil Collins, après un parcours explosif dans les années 70-80 avec le groupe "Genesis" ou encore, Whitney Houston. L'évocation concerne aussi des personnages célèbres comme Donald Trump ou des films (références incessantes à Body Double).

American Psycho assassine l'image du Golden Boy arriviste, assassine l'"American Dream". Bret Easton Ellis prolonge l'édification de personnages marginaux, amoraux et psychopathes. Ce fût le cas dans une moindre mesure dans "Moins que zéro" ou "Les lois de l'attraction". Force est de constater que Bret Easton Ellis est à 27 ans, au sommet de son art ...

Analyse du film "American Psycho" réalisé par Mary Harron

Constatons que la majorité des adaptations de romans transgressifs des 90's rencontrent toutes leur petit succès. D'abord, "Trainspotting" d'Irvine Welsh par Danny Boyle, ensuite "Fight Club" de Chuck Palahniuk par David Fincher et plus récemment Choke du même auteur. Peu de réalisateurs auraient osé s'écorcher sur un sujet aussi épineux qu'American Psycho. Des journalistes français comme Ardisson se complaisent à organiser des rendez-vous entre Bret Easton Ellis et Ophélie Winter de sorte à alimenter les polémiques. Toutefois, American PSycho dort dans la pile des romans jugés inadaptables jusqu'à ce que Mary Harron émette l'idée d'adapter le projet. D'emblée, on s'étonne de voir une femme qui souhaite adapter le projet tant l'image de la femme y est peu glorieuse.

Le casting repose sur quelques acteurs méconnus : Christian Bale (enfant génie qui apparaît dans L'empire du soleil), Reese Whiterspoon (avant la revanche d'une blonde et après Cruel intentions) et William Dafoe (aperçu dans Platoon). Le film se veut beaucoup moins corrosif que le bouquin, certaines scènes semblent purement gratuites et rejoignent une seule et même idée, la misogynie de son personnage principal. Gageons que Christian Bale incarne à merveille le rôle du célèbre tueur, le film a permis de le lancer. Equilibrium exercera sur lui une sorte d'effet cathartique passant du personnage livide de recteur à celui de sauveur de l'humanité. Désormais, Christian Bale sera le sauveur de l'humanité, ce devait être écrit quelque part, il incarne Batman et joue le protagoniste dans Terminator ... Certains s'osent à le replonger dans des rôles de mécréants comme dans Bad Times ou The machinist mais les films s'avèrent être des flops lamentables.

Christian Bale en parfait Golden Boy est Patrick Bateman, on ne peut pas accuser Mary Harron d'avoir inventé des scènes servant pompeusement un propos féministe. Ce qui est à remettre en question est sa sélection, car de fait ... Elle occulte des scènes plutôt que d'autres pour accentuer l'édification d'un personnage misogyne. Par exemple ... pourquoi la scène du meurtre du mendiant est-elle évacuée en 2 minutes, il s'agissait de la première séquence permettant de révéler la nature du personnage. Alors que le réalisateur se complaît à dilater la séquence où Bateman s'amuse lamentablement à jeter une tronçonneuse sur une des putes. D'ailleurs, pourquoi mettre l'accent sur cette séquence sur laquelle on imagine déjà nombre de jeunes ados s'extasier plutôt que le reste. American Psycho version Harron évacue le discours politique : Exit Donald Trump et le monde de la pub ? Plus de body double, on passe à Massacre à la Tronçonneuse, signe révélateur ? Qu'en est-il des pubs, des différentes marques abordées par l'écrivain ... Toute cette dimension omniprésente du bouquin évacuée dans une seule et même scène (celle où Bateman se lave au début du film !).

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