17.03.2009
La Dame de pique, Eugène Oniéguine, Boris Godounov (Alexandre Pouchkine, 1823)
Le pionnier de la littérature russe

Alexandre Pouchkine est sans doute l’un des premiers grands poètes russes. Certains comme Gorki diront à cet égard qu’on lui doit tout tant la littérature russe lui est redevable. Contrairement aux autres contrées européennes, la Russie émerge tardivement tant les guerres et diverses invasions tartares ont bouleversée la culture locale. Tout au moins, c’est le prétexte qui sera donné pour accuser la maigre productivité du pays endéans le 19ème siècle, ce n’est toutefois pas réellement légitime tant les tartares n’ont pas imposé leur propre culture sur le sol russe, les laissant au contraire auto-réguler leur état. Il s’agissait sans doute d’une domination passive comme Machiavel aurait défini la gouvernance parfaite du prince modèle (ne pas imposer sa langue ni sa culture pour éviter les vents de contestation). Bref, disons simplement que la littérature russe ne commence pas réellement la Pouchkine mais qu’il eût une influence indélébile sur les auteurs qui le suivront.
Pouchkine écrira sur l’époque des décembristes/décabristes, révolte qui déterminera Saint Pétersbourg comme capitale russe, visant à instituer un tsar qui prônait une constitution pour la modernité (influence des idées des lumières).
Eugène Oniéguine (1823). Le récit d’Eugène Oniéguine, aristocrate, qui revient au pays après un séjour en Angleterre où il a selon lui contracté le spleen anglais. Tatiana tombe amoureuse de lui mais il l’éconduit. Après une réception où l’a convié Lenski, Oniéguine le tourne en ridicule suite à ses frustrations générées par son ennui. Oniéguine tue Lenski lors d’un duel. Plus tard, il revoie Tatiana dont la beauté l’éblouit mais celle-ci ne veut plus de lui.
Sans doute, l'oeuvre dans laquelle j'ai eu le plus de mal à m'immerger. Peut-être que la thématique nous semble à nous occidentaux plus (trop ?) lointaine et que l'identification au personnage se fait beaucoup plus difficilement ...
Boris Godounov (1824). L’histoire se déroule en 1594, époque à laquelle Boris Godounov aurait assassiné son frère Dimitri. Près de la frontière entre la Russie et la Lituanie, certains projettent un soulèvement pour destituer Boris. En Lituanie, un prêtre usurpe l’identité de Dimitri et mène une rébellion jusqu’à Moscou pour renverser la dictature de Boris …
En réalité, les historiens estiment désormais que Dimitri aurait mis fin à ses jours accidentellement lors d’une de ses crises d’épilepsie !
Moussorgsky, l’un des pionniers de la musique classique nationale russe, fera de Boris Godounov le sujet d’un de ses opéras.
Drame qui rappelle les grands thèmes shakespeariens ... La culpabilite du crime importe plus que la sanction à son encontre (dimension psychologique que l'on retrouvera surtout chez Dostoievsky), les histoires de successions (Hamlet ...), les conflits internationaux qui se profilent au loin ! Boris Godounov est agréable et rapide à lire, l'idée de masques et d'usurpation d'identités est assez amusante.
La Dame de pique (1833). Autour d’une table de cartes. Hermann passe son temps à regarder le jeu mais est bien trop avare que pour participer. Un jour, il a vent que la grand-mère d’un des joueurs était capable de prédire les cartes qu’il fallait jouer pour gagner. Chaque jour, Hermann lui poste une lettre sans succès et finit par la menacer avec son revolver suite à quoi elle meurt. Elle lui revient en rêve et lui prédit les 3 cartes qu’il lui faudra jouer, il remporte des sommes folles sur les deux premières et perd sur la dernière … Une dame de pique au lieu de l’as qui lui avait été prédit !
Amusant à lire surtout si l'on apprécie de jouer aux cartes, le final est assez prévisible mais les amateurs de philosophie y trouveront leur compte notamment au travers quelques répliques judicieuses :
"Dans l'espoir du superflu, je ne puis risquer le nécessaire"
"Deux idées fixes ne peuvent coexister dans le monde moral, de même que dans le monde physique deux corps ne peuvent occuper en même temps la même place."
"A défaut de vraie foi, il avait une multitude de superstitions !"
Mozart et Saliéri. Saliéri a voué sa vie à l’apprentissage de la musique mais Mozart, le jeune impertinent le transcende constamment. Dégoûté par le sort que lui a jeté Dieu, Saliéri empoissonne Mozart.
Thématique qui sera plusieurs fois reprises, Pouchkine est le premier à traiter la relation entre Mozart et Saliéri, précédemment la relation entre son père et lui attiraient davantage les écrivains. La parole est surtout accordée à Saliéri qui dévoile son conflit avec Dieu quant au talent distribué en Mozart alors qu'il s'estimait plus méritant.
Le convive de Pierre. Don Juan revient déguisé en Espagne d’où il a été chassé par le roi. Il y rencontre une femme dont la beauté éblouissante le séduit. Il tue son mari afin de s’assurer l’amour de la jeune femme mais celle-ci voue le reste de sa vie à pleurer son amant perdu pour qui elle ne ressentait pourtant guère de sentiments …
La propre personnalité de Pouchkine est semblable à celle d’Eugène Oniéguine, sorte de poète influencé par les lumières, avant-gardiste, victime du spleen. Il mourra lors d’un duel contrairement à Eugène. Ce qui sera malheureusement le sort d’autres écrivains russes comme Dostoievsky. Pouchkine aura surtout impressionné par la diversité de ses oeuvres alternant drames historiques avec des récits sociaux mais surtout, on sent l'importance nationaliste et la sensation de patriotisme qu'il véhicule constamment au travers de ses oeuvres. Il s'inspire des écrivains anglais (Shakespeare, Byron, ...) et français (Molière, Stendhal (le personnage d'Hermann de la Dame de Pique)).
Alors que Gogol inventera le roman russe, Pouchkine fût sans doute la première source d'inspiration de celui-ci. Il ne cessera d'ailleurs pas d'influencer si bien la littérature que la musique et les opéras (Le tsar Satan de Rimsky-Korsakov, Eugène Oniéguine et La dame de pique de Tchaikovsky, Boris Godounov de Moussorgsky, La Roussalka de Dvorak) et le cinéma (Amadeus de Milos Forman).
16:03 Publié dans Pouchkine Alexandre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la dame de pique, eugène oniéguine, boris godounov, alexandre pouchkine, mozart et saliéri, le convive de pierre



Commentaires
Qu'est-ce que tu racontes??
T'as surement pas eu le temps de terminer la dame de pique et en plus la promeneuse !! :-p
Ecrit par : alex | 17.03.2009
J'oublie de dire que l'allemand devient fou ? :)
Ecrit par : alucas | 17.03.2009
j'étais juste étonnée. bravo en fait! :-)
Ecrit par : alex | 19.03.2009
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