29.03.2009
Le révizor, Les joueurs, Le manteau (Nicolas Gogol)
Le plus russe des expatriés

Nicolas Gogol est considéré comme le premier écrivain de romans russe, Pouchkine n’écrivant que des poèmes ou des pièces de théâtres. Vivant dans un milieu aisé, Gogol a un avenir tout assuré au sein de la cellule familiale mais il préfèrera partir à Moscou (en fait à Saint Petersbourg). Mauvais élève, il devient le bibliothécaire de l’école permettant ainsi l’achat de classiques européens mais aussi les premiers succès de Pouchkine (Eugène Oniéguine) grâce à des collectes faites au sein de l’école.
Préférant la ville à la campagne, Gogol part à Saint Petersbourg où il s’habitue mal à la vie citadine comme en témoigne d’ailleurs plusieurs de ses personnages inadaptés dans Le manteau et Le nez. Dés son premier ouvrage Les Veillées du Hameau (que je ne suis pas parvenu à me procurer), Gogol reçoit un certain succès d’estime. Pouchkine l’encourage et lui propose de se porter davantage sur le théâtre.
il profite de son talent d’écrivain pour passer au vitriole le gouvernement et le fonctionnarisme dans Le Révizor. La pièce sera un succès retentissant malgré la critique de plusieurs de ses détracteurs. Notamment à cause d’une réplique cinglante du directeur de la pièce : « Pourquoi riez-vous ? Ne comprenez-vous pas que c’est de vous qu’il s’agit ! ». A l’instar de son protagoniste principal, Gogol est menacé d’être envoyé en Sibérie. Pourtant, le tsar dira que tout le monde en prend pour son grade estimant la pièce avec plus d’objectivité … Rapidement, ses œuvres perdent la gaîté de Les Veillées du Hameau, Le manteau est son second grand succès et dépeint les tribulations d’un fonctionnaire naïf qui, après avoir économisé un an pour obtenir un manteau convoité de tous, se le fait voler le soir même. Dés Le manteau, Gogol montre sa capacité à joindre fantastique et réalisme. Il dit à cet égard : « L’artiste doit s’élever d’autant plus haut que l’objet qu’il a choisi est ordinaire, car il faut en extraire ce qu’il a d’extraordinaire en faisant en sorte cependant que cet extraordinaire soit vrai ! »
Toutefois, Gogol s’en va à Rome, une ville qu’il appréciera beaucoup car il y côtoiera des artistes et peintres russes. Il reconnaît en Rome les caractéristiques de la mère patrie et s’éprend de la « ville éternelle ». Mais une nouvelle assombrit son existence, son fidèle ami Pouchkine décède, il dira qu’il ne pouvait pas venir de pire nouvelle en provenance de Russie. Il fera un bref séjour en Russie, saluant sa mère au passage mais quittant au plus vite son pays.
Le paradoxe de Gogol et on retrouvera aussi cette problématique chez Pasternak est qu’ils affectionnent avec véhémence leur pays et sa culture mais que les instances au pouvoir les empêchent de s’exprimer et les refoulent. Gogol partira ensuite en France, pays qu’il n’aime pas vraiment, haïssant le vaudeville français et rejetant la bourgeoisie parisienne qui parle trop de politique. Gogol y rédige pourtant Les Ames mortes, le premier véritable roman russe qui raconte l’histoire d’un homme qui rachète les âmes mortes de paysans afin de pouvoir exploiter les terres de ces ouvriers décédés. Une nouvelle fois, la censure s’oppose radicalement à sa parution car il attaque la doctrine orthodoxe. Le tsar ne voudra même pas lire le livre : « Une âme morte ? L’âme est immortelle ! ». Profondément touché, Gogol aura malgré tout du succès auprès du public.
Voulant à tout prix revenir en Russie. Il rédige ses correspondances dans lesquelles il explique qu’il ne s’attaque ni au tsarisme ni au fonctionnarisme mais qu’il parodie en quelque sorte le quotidien russe avec la volonté d’en rire et non de l’affliger. Dés lors, les critiques qui prenaient précédemment sa défense lui reprochent sa soumission au parti. Gogol reconnaîtra en cela son erreur et reviendra en Russie où il tentera de rédiger la deuxième partie des Ames mortes. Une fois le roman presque achevé, il finit par le brûler … Atteint d’une maladie, il ne souhaite plus voir personne et ne se soigne pas. Quelques jours plus tard, il meurt. Contre toute attente, des centaines de personnes viennent à son enterrement malgré le mépris que lui voue le régime tsariste. Lorsqu’un homme demande à un étudiant qui est enterré, celui lui répond : « On enterre Gogol et nous tous nous sommes ses proches parents et avec nous la Russie entière. »
Le premier regret que je dois noter avant de commencer la critique des différentes pièces/nouvelles que j’ai lue de Gogol, est que je n’ai pas encore eu l’occasion de lire Les Ames mortes ce qui ne saurait tarder …
Les Joueurs (1834)
Autour d’une table, plusieurs joueurs de cartes s’amusent à arnaquer les voyageurs qui passent et trépassent à leur table. L’un d’entre eux s’avère être capable de deviner les cartes de chacun d’eux. En fait, il était une sorte de fabriquant de jeux de cartes et arrivait à voir en fonction de la physionomie de la carte, la valeur qu’elle portait. Un haut fonctionnaire militaire vient à leur table et est plumé, il leur cède les hypothèques de plusieurs maisons que ceux-ci s’empressent de revendre à un entrepreneur. Le responsable militaire finit par apprendre par l’un des jeunes distributeurs de cartes qu’il a été floué …
On sent dans Les Joueurs, la volonté de Gogol de rendre hommage à Pouchkine et sa Dame de Pique. A un moment, l’un des hommes dit que la dame de pique est maudite. Sûrement l’un des passe-temps les plus prisés à l’époque en Russie, les jeux de cartes fournissent pour beaucoup la base des intrigues des auteurs. Ici pourtant, Gogol prend le lecteur à contre-pied. Là où Pouchkine insérait une pseudo morale en faisant échouer l’arriviste allemand. Dans Les Joueurs, ce sont les arnaqueurs qui l’emportent car il semblerait que ce à quoi Gogol s’attaque avec le plus de force est la naïveté.
Cette naïveté d’Akaki qui fait tout pour un manteau et le perd, cette naïveté du gouverneur et de ses subalternes qui sont à terme roulés par le clochard, cette naïveté de ce militaire qui croit s’enrichir brisant toute idée de morale et s’éloignant ainsi de son modèle russe Pouchkine ou encore de Lafontaine …
Le Révizor (1836)
Un inspecteur (le révizor) s’apprête à venir dans un village pour y inspecter les lieux. Le gouverneur s’engage dans les préparatifs, donne ses directives pour que chaque établissement réponde aux normes avant la venue de l’inspecteur. Parallèlement à cela, un clochard itinérant loue une chambre dans un hôtel et n’a plus de quoi payer son repas. Le gouverneur prend l’inconnu pour le révizor et lui accorde divers gages pour avoir un rapport favorable allant même jusqu’à lui proposer la main de sa fille. Le clochard quitte le pays et le directeur de poste reçoit une lettre à l’adresse d’un de ses amis. Le clochard n’était pas le révizor … Tous ; ayant été arnaqués, veulent le retrouver mais il est déjà très loin.
Le Révizor est une critique du fonctionnarisme. Il est évident que la pièce a dû susciter un tollé général dans les hautes instances russes. Gogol est un de ces écrivains que l’on lit encore avec plaisir maintenant tant il se complait à mettre ci et là du suspense dans cette pièce. Souvent dans ses pièces, le profiteur devient très vite le dindon de la farce. Ici, ce n’est pas l’arrivisme du clochard qui est critiqué mais plutôt la démarche attentiste des fonctionnaires. On reconnaît dans le Révizor certains aspects culturels récurrents de la littérature russe : Ils chauffent et boivent constamment du samovar, l’emprunt de certains mots français pour embourgeoiser le langage (Capote, ours, …), … Toujours on sent cet amour de la patrie et en même temps le regard envieux que portent les écrivains russes sur la France et les idées novatrices des lumières. Un autre aspect de la culture russe que j’ai appris au cours de cette lecture est que la terminaison « vitch » dénomme chez eux, un statut supérieur.
Le Manteau (1843)
Un jeune fonctionnaire, méprisé de tous, entreprend de s’acheter un manteau. Seulement le prix exorbitant de celui-ci l’oblige à faire d’énormes concessions. Il trouve un marchand qui se propose de lui en faire un pour 80 roubles (équivalent de deux mois de payes), Akaki Akakievitch (exception à la règle, la terminaison « vitch » ne dénomme ici en aucun cas un statut supérieur) épargne et finit par se l’acheter. Le premier soir, il est invité par ses collègues pour « fêter » l’achat. En quittant la fête, il se fait voler le précieux objet … Des rumeurs racontent depuis à Saint Petersbourg qu’une ombre vole tous les manteaux des bourgeois qui passent sur le pont principal.
Le Manteau aurait selon les critiques influencés plusieurs romanciers russes : Tourgeniev, Dostoievski et Tolstoï. Derrière la simplicité apparente de l’œuvre, c’est le destin tragique de tous ces prolétaires russes qui est ici dépeint. La nouvelle rencontrera un succès énorme et Akaki Akakievitch restera comme l’un des personnages de romans russes les plus célèbres.
C'est donc Gogol qui le premier sût mêler réalisme et fantastique en Russie. Le premier qui sût amener sur la scène russe le quotidien de ses citoyens ne se limitant pas à une critique poncive, lui préférant de loin une vision qui brasse à la fois humour, simplicité et réflexion intellectuelle ...
20:53 Publié dans Gogol Nicolas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas gogol, le révizor, les joueurs, le manteau, la dame de pique, pouchkine
23.03.2009
La mouette, Oncle Vania, Les trois soeurs
Tchékhov et le renouveau du drame social !

Il est difficile de retracer l’œuvre de Tchékhov tant celle-ci est volumineuse et qu’il est faux de prétendre mieux la connaître que d’autres qui ont passé une vie à l’étudier. C’est donc en béotien que je me permets de donner quelques précisions sur l’homme et son œuvre.
Tchékhov est pour beaucoup l’écrivain russe par excellence. Que ce soit Gogol, Pouchkine, Dostoievsky ou Tolstoï, une influence occidentale se fait ressentir. Tchékhov étudie des motifs récurrents : question de l’enseignement, du savoir mais dans une perspective typiquement russe qui est bien loin des descriptions de paysages ou psychologiques, respectivement de Gogol ou de Dostoievsky.
Tchékhov est avant tout un athlète et est loin de correspondre à un portrait d’intellectuel ramolli. Il est fier d’être une sorte de miraculé d’une famille pauvre. N’ayant pu terminer ses études, il quitte rapidement l’école et se consacre à la lecture des chefs d’œuvres occidentaux. Si il s’y attarde autant, c’est justement pour insérer les mêmes problématiques dans une perspective russe et non pour plagier les auteurs d’Europe de l’Ouest.
Malgré sa pauvreté, Tchékhov participe aux soirées mondaines mais se distingue par son caractère évasif, toujours appliqué, froid et rigide. De nombreux hauts fonctionnaires se confient à lui pour avoir son avis sur divers problèmes, mais Tchékhov quitte souvent instantanément les soirées auxquelles il est convié pour aller gratter quelques lignes dans son bloc note.
Il passera une grande partie de sa vie à envier le succès de certains de ses compatriotes et pleurera tout un temps l’insuccès (de son vivant) de ses livres. Tchékhov, c’est malgré sa voix mécanique et hostile, un homme profondément juste et avenant. Il ne dira jamais à quelqu’un que son travail est médiocre et est toujours prêt à encourager les débutants pour ne pas briser leur créativité.
Souvent incompris, Tchékhov s’entoure de personnes qui reconnaissent son talent (citons Gorki et Souvorine) et l’aident à rencontrer le succès publique. Son œuvre traite souvent des mêmes sujets : famille, héritage, vieillesse qui se cherche une raison, naissance du progrès, remise en question de la bourgeoisie … Tchékhov est un écrivain de son temps qui arrive parfaitement à retransmettre le climat politique angoissant d’un pays qui approche d’une (r)évolution fondamentale …
La mouette (1895)
L’histoire d’une famille dont le fils pleure l’insuccès critique de ses pièces mais dont la qualité est reconnue des critiques. Malgré l’affection des siens et le soutien particuliers d’un célèbre metteur en scène. Le jeune Tréplev identifie le destin à celui d’une mouette échouée, il aurait eu la possibilité de survoler les arts et de connaître succès et gloire mais au même titre que cette mouette, il échouera … La pièce se solde par son suicide.
La mouette fût un énorme flop à sa sortie. Plusieurs raisons en incombent, la première et principale étant donné que les acteurs avaient pour habitude de jouer dans des pièces comiques, le public n’a pas saisi la portée tragique de l’œuvre. Hué, Tchékhov songe à abandonner l’écriture de pièces de théâtre mais son ami Souvorine écrit dés le lendemain un article qui prête l’attention sur la qualité remarquable de l’œuvre du dramaturge russe. Quelques années plus tard, la mouette sera unanimement plébiscité comme étant l’une des meilleures pièces de Tchékhov.
Pour ma part, malgré les qualités indéniables de cette pièce. Il est très difficile de s’y retrouver et qui plus est de s’attacher aux personnages. Tréplev, d’emblée dépressif, ne croît pas en son succès, on ne peut qu’assister à son destin tragique … Une difficulté fondamentale chez Tchékhov, c’est l’utilisation récurrente de plusieurs nominations d’un même personnage ce qui rend délicate l’approche de son œuvre. Plusieurs références à Tourgeniev sont à relever : « Heureux celui qui, en de pareilles nuits, est assis chez lui sous un toit. » (Extrait du roman Roudine (1856) de Tourgeniev).
Oncle Vania (1896)
Dans la campagne russe. L’oncle Vania songe régulièrement à mettre un terme à sa vie pitoyable. Il a durant toute sa vie été le mécène d’un scientifique raté. Sonia, sa fille, s’éprend d’un médecin qui songe avant tout à fuir la campagne russe pour venir en aide aux citadins de Moscou. Vania finira par vouloir tuer l’homme qui l’a toujours dévoyé et dans un ultime rebondissement, il en sera empêché …
La thématique de l’Oncle Vania et les personnages sont à peu de choses près les mêmes que ceux d’une autre pièce de Tchékhov, à savoir Le génie de bois, Oncle Vania s’avère être d’une meilleure qualité. Stanislavski reconnaîtra celle-ci comme la première grande œuvre tchékhovienne. On reconnaît après coup qu’Oncle Vania aura à long terme moins de succès que La mouette. Jugée comme étant une pièce gauchisante (ce qui n’est pas faux), Tchékhov aura toujours le soutien de Lénine. Gorki reconnaît en Tchékhov, un réalisme extrêmement mûri et spiritualisé.
Oncle Vania est avant-gardiste dans le sens où il pose les bases de la logique stakhanovienne (Travailler pour le parti et oublier la misère de la vie) bien avant la révolution russe. Les personnages y sont simplistes : Astrov (docteur altruiste nomade), Vania (Vieux propriétaire blasé et dévoué), Sonia (Frustrée d’un amour inabouti, veut avant tout le bonheur du père) et Sérébriakov (scientifique raté) mais la manière dont l’histoire est articulée de manière originale et est emblématique d’une société en crise et en perpétuelle métamorphose. Conflit entre le monde ouvrier et la modernité, jeunesse et vieillesse, sédentarisme et nomadisme. Tout comme dans la mouette, la pièce se solde par la fuite des principaux protagonistes …
Les trois sœurs (1898)
3 sœurs (Olga, Macha, Irina) et leur frère (Alexei) racontent leurs tribulations. Leurs maris vont bientôt partir au combat. Irina refuse les avances de Soliony (homme pédant), les 2 autres pleurent leur vie d’assistée. Alexei ne parvient pas à recadrer la situation dans cette famille. Irina finit par perdre le baron (son mari) au cours d’un duel … Les hommes partent au combat !
Les 3 sœurs connaîtra un grand succès public. Le contexte politique joue en la faveur de Tchékhov, les manifestations estudiantines correspondent parfaitement aux prévisions de guerre avancées par la pièce. Toutefois, plusieurs éléments gâchent la préparation du spectacle, Tchékhov crée trop de personnages et envisage des destins trop funestes aux personnages (Macha était supposée se suicider), les monologues sont ennuyeux, les comédiens interprètent mal le texte (selon Stanislavski qui interprètera lui-même le rôle du controversé Andreï) jouant la tragédie alors que la pièce devait être envisagée comme une comédie. Léonid Andréïev donnera pourtant son soutien à Tchékhov (critiqué par la presse pour son pessimisme), il dira que la pièce est philosophique et non un drame de mœurs (à l’instar d’Ibsen). Léonid dira : « La nostalgie de la vie, tel est le puissant état d’âme qui du début à la fin traverse la pièce et, par les larmes de ses héroïnes, chante un hymne à cette vie même. » Beaucoup diront à juste titre que la pièce n’égale pas les deux précédentes.
Les 3 soeurs évoque une problématique intéressante, la Russie en comparaison à l'extérieur. Les gens qui parlent français sont perçus pour être des bourgeois. Cette pièce est celle que j'ai le moins apprécié jusqu'à présent. Les personnages sont quelque peu insipides (Irina qui se plaint d'une vie sans amour, c'est un peu banal à mon goût). Il y a effectivement trop de personnages, on s'y perd et seul le personnage de Soliony s'avère être réellement intéressant et atypique ...
22:05 Publié dans Tchékhov Antonin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tchékhov, 3 soeurs, oncle vania, la mouette, le génie de bois, roudine
18.03.2009
Watchmen (Zack Snyder, 2009)
Un film de super héros trop comme les autres !

Acteurs : Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Malin Akerman
Durée : 2h43
Genre : SF, Drame, Action
J’aurais aimé inaugurer cet article par un questionnement : « Si un livre célèbre et aux qualités incontestées est adapté, les critiques sont bien plus durs avec le réalisateur qui relève le défi. Si un livre moins célèbre (en tout cas en Europe) mais aux qualités incontestables sort, qu’advient-il de la critique ? Il faut croire dans le cas de Watchmen que l’on confond les qualités du film qui incombent avant tout à Alan Moore et son comics et non à Snyder. Dés lors, je me contenterai d’évoquer ce qui est extérieur à la narration même. Rappelons que Moore n'est pas rétribué pour les adaptations de ses comics ...»
« Si vous faites des films à partir de mes livres, s’il vous plaît, essayer d’en faire de meilleurs que ceux faits jusqu’à présents... » : disait Alan Moore.
Réputé inadaptable, Snyder ose relever le défi. Fort de son succès de 300 et de sa collaboration avec Frank Miller. Cette fois-ci, la tâche sera plus difficile. D’une part parce qu’il lui sera impossible d’être totalement fidèle à l’univers qu’il veut adapter, tant la série est volumineuse et d’autre part, parce qu’il s’attaque à un comics réputé inadaptable qui a été encensé par la presse. Dés lors, reconnaissons qu’il a eu le courage et la volonté de se tailler la part du lion. Toutefois, je ne vais pas aller par 4 chemins. Je n’ai pas du tout aimé Watchmen, il me vient souvent à l’esprit de saluer sur le blog les films que j’aime mais je crois qu’il faut à tout prix réparer une grande injustice qu’est celle du succès de Watchmen.
J’ai vraiment essayé de trouver des qualités à Snyder car il ne m’avait jamais déçu jusqu’à présent, mais il est difficile d’en trouver dans Watchmen …
« Ceci n’est pas un film de super héros comme les autres !!! » indique l’affiche de Watchmen …
SI et voici pourquoi !
Design : C’est de la 3D tout plein. Nolan voulait dans son Batman s’affranchir un maximum des effets spéciaux, ici c’est tout le contraire. Snyder veut recréer une sorte de 80’s bis auxquelles on ne croit pas du tout (j’ai plus l’impression d’être dans 3D max qu’en Amérique), tout est trop net, faussement saccadé, ça sent la 3D trop propre. On avait besoin vu la thématique d’un univers moins aseptisé, plus réel. L’histoire raconte les tribulations de personnages qui se prennent pour des héros sans l’être, les faits historiques plantent un avenir apocalyptique dans lequel Nixon a pris le pouvoir, comment peut-on y croire ? Rien ne rappelle l’époque …
Personnages : Ils sont clinquants, tout beaux, parfois bien fichus (Rorscha est une prouesse cinématographique) mais bon dieu, qu’advient-il du côté humain des personnages ? Leur design est plus proche des 4 Fantastiques que de Batman, cherchez l’arnaque !
Dr. Manhattan : Ah, c’est de la belle 3D, on voit même sa floche qui balance de droite à gauche. Mais bon, voir le Dr. Manhattan expliqué les aléas d’un super héros et le voir partir dans ses élans philosophiques, ce serait un peu comme voir Paris Hilton reprendre la compagnie familiale, ça serait pas mal mais on n’y croit pas !
Musique : Là, c’est carrément le comble ou presque. Je me pose une question sur le génie de Snyder, est-ce que le fait de mettre des hits des années 80 ultra utilisés et réutilisés témoigne du fait qu’il : 1/ Est un égocentrique fini qui croit donner un sens nouveau à des musiques comme Ride of the Walkyrie, Silence, All along the Watchtower (version Jimmy Hendrix), musiques qui évoquent déjà chez le spectateur des films autrement plus célèbres comme Forrest Gump, Le Lauréat et Apocalypse Now, est-ce par prétention qu’il veut les détourner de leur sens original pour leur conférer un sens nouveau ? 2/ Est un inculte, il a été voir la playlist 80’s de son père et en a retiré ce qu’il a pu sans creuser la chose. 3/ Fait un peu comme Tarantino (la recherche en moins), ça sonne bien et c’est tout ! Difficile à dire, Tyler Bates crée la BO qui est au-dessus de celle de Dawn of the dead mais en-dessous de 300.
Chorégraphie : Voilà le vrai comble, déjà qu’on a du mal à croire les élans philosophiques du super-schtroumf, chacune de ses phrases est ponctuée par un combat. Dés les premières minutes, on voit un combat entre un Watchmen et le grand méchant, ce combat n’est évidemment pas dans le comics, simple ajout de Snyder qui juge qu’il a assez de 2h45 pour passer 2 minutes de ballerines parce que ses effets de ralentis sont tellement anesthésiants à la
longue qu’on ne peut que faire le rapprochement … Il l’utilise une fois, deux fois et puis c’est systématique. Il annihile constamment la portée de son discours par une scène qui contredit la précédente. Maintenant tous les fans de Snyder diront qu’on reconnaît sa patte, c’est vrai … c’est une sorte de Matrix made in 2009 avec quelques apports du gore en plus (c’est peut-être ça sa patte). Il n’y a jamais de surprises (le nain qui se pointe près de Rorscha, on se dit … il y a anguille sous roche, c’est un nain superman ou quoi ? Non c’est simplement un nain, prétexte à montrer l’étendue du talent de Rorscha). Les héros ne sont que rarement indisposés (un peu comme dans 300, excepté le final, ils ont toujours le dessus …).
Mise en scène : Il y avait de très bonnes idées, comme celle de la montée progressive vers le dessus du bâtiment pour montrer que le Watchmen est tombé et que les policiers sont dans l’appartement. Il est difficile de toutes les énumérer. Mais on frise souvent le n’importe quoi, comme ce travelling qui passe de Mars à un temple égyptien sous des airs de « All along the Watchtower », pige pas le rapport non plus enfin soit …
Je terminerai sur les propres paroles de Snyder : « J'ai le sentiment que nous avons réussi quelque chose de particulier - un film qui ne satisfait pas uniquement les fans que compte le roman graphique depuis sa parution, mais attire également les néophytes", déclare le réalisateur. "Les inconditionnels pourront découvrir la transposition sur grand écran des personnages et scènes qu'ils aiments, ainsi que la réalité alternative complexe du roman graphique, tandis que le reste du public verra des super-héros agir d'une façon qu'ils n'avaient jamais envisagée auparavant. Et si, au final, Watchmen est considéré comme une bande-annonce de 2h30 pour le livre, ce sera ma plus belle récompense. »
Une bande annonce, ça reste très optimiste mais j’avoue qu’on peut saluer sa modestie !
21:25 Publié dans Moore Alan, Snyder Zack | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : watchmen, zack snyder, alan moore, tyler bates, dan gibbons, jackie earle haley
17.03.2009
La Dame de pique, Eugène Oniéguine, Boris Godounov (Alexandre Pouchkine, 1823)
Le pionnier de la littérature russe

Alexandre Pouchkine est sans doute l’un des premiers grands poètes russes. Certains comme Gorki diront à cet égard qu’on lui doit tout tant la littérature russe lui est redevable. Contrairement aux autres contrées européennes, la Russie émerge tardivement tant les guerres et diverses invasions tartares ont bouleversée la culture locale. Tout au moins, c’est le prétexte qui sera donné pour accuser la maigre productivité du pays endéans le 19ème siècle, ce n’est toutefois pas réellement légitime tant les tartares n’ont pas imposé leur propre culture sur le sol russe, les laissant au contraire auto-réguler leur état. Il s’agissait sans doute d’une domination passive comme Machiavel aurait défini la gouvernance parfaite du prince modèle (ne pas imposer sa langue ni sa culture pour éviter les vents de contestation). Bref, disons simplement que la littérature russe ne commence pas réellement la Pouchkine mais qu’il eût une influence indélébile sur les auteurs qui le suivront.
Pouchkine écrira sur l’époque des décembristes/décabristes, révolte qui déterminera Saint Pétersbourg comme capitale russe, visant à instituer un tsar qui prônait une constitution pour la modernité (influence des idées des lumières).
Eugène Oniéguine (1823). Le récit d’Eugène Oniéguine, aristocrate, qui revient au pays après un séjour en Angleterre où il a selon lui contracté le spleen anglais. Tatiana tombe amoureuse de lui mais il l’éconduit. Après une réception où l’a convié Lenski, Oniéguine le tourne en ridicule suite à ses frustrations générées par son ennui. Oniéguine tue Lenski lors d’un duel. Plus tard, il revoie Tatiana dont la beauté l’éblouit mais celle-ci ne veut plus de lui.
Sans doute, l'oeuvre dans laquelle j'ai eu le plus de mal à m'immerger. Peut-être que la thématique nous semble à nous occidentaux plus (trop ?) lointaine et que l'identification au personnage se fait beaucoup plus difficilement ...
Boris Godounov (1824). L’histoire se déroule en 1594, époque à laquelle Boris Godounov aurait assassiné son frère Dimitri. Près de la frontière entre la Russie et la Lituanie, certains projettent un soulèvement pour destituer Boris. En Lituanie, un prêtre usurpe l’identité de Dimitri et mène une rébellion jusqu’à Moscou pour renverser la dictature de Boris …
En réalité, les historiens estiment désormais que Dimitri aurait mis fin à ses jours accidentellement lors d’une de ses crises d’épilepsie !
Moussorgsky, l’un des pionniers de la musique classique nationale russe, fera de Boris Godounov le sujet d’un de ses opéras.
Drame qui rappelle les grands thèmes shakespeariens ... La culpabilite du crime importe plus que la sanction à son encontre (dimension psychologique que l'on retrouvera surtout chez Dostoievsky), les histoires de successions (Hamlet ...), les conflits internationaux qui se profilent au loin ! Boris Godounov est agréable et rapide à lire, l'idée de masques et d'usurpation d'identités est assez amusante.
La Dame de pique (1833). Autour d’une table de cartes. Hermann passe son temps à regarder le jeu mais est bien trop avare que pour participer. Un jour, il a vent que la grand-mère d’un des joueurs était capable de prédire les cartes qu’il fallait jouer pour gagner. Chaque jour, Hermann lui poste une lettre sans succès et finit par la menacer avec son revolver suite à quoi elle meurt. Elle lui revient en rêve et lui prédit les 3 cartes qu’il lui faudra jouer, il remporte des sommes folles sur les deux premières et perd sur la dernière … Une dame de pique au lieu de l’as qui lui avait été prédit !
Amusant à lire surtout si l'on apprécie de jouer aux cartes, le final est assez prévisible mais les amateurs de philosophie y trouveront leur compte notamment au travers quelques répliques judicieuses :
"Dans l'espoir du superflu, je ne puis risquer le nécessaire"
"Deux idées fixes ne peuvent coexister dans le monde moral, de même que dans le monde physique deux corps ne peuvent occuper en même temps la même place."
"A défaut de vraie foi, il avait une multitude de superstitions !"
Mozart et Saliéri. Saliéri a voué sa vie à l’apprentissage de la musique mais Mozart, le jeune impertinent le transcende constamment. Dégoûté par le sort que lui a jeté Dieu, Saliéri empoissonne Mozart.
Thématique qui sera plusieurs fois reprises, Pouchkine est le premier à traiter la relation entre Mozart et Saliéri, précédemment la relation entre son père et lui attiraient davantage les écrivains. La parole est surtout accordée à Saliéri qui dévoile son conflit avec Dieu quant au talent distribué en Mozart alors qu'il s'estimait plus méritant.
Le convive de Pierre. Don Juan revient déguisé en Espagne d’où il a été chassé par le roi. Il y rencontre une femme dont la beauté éblouissante le séduit. Il tue son mari afin de s’assurer l’amour de la jeune femme mais celle-ci voue le reste de sa vie à pleurer son amant perdu pour qui elle ne ressentait pourtant guère de sentiments …
La propre personnalité de Pouchkine est semblable à celle d’Eugène Oniéguine, sorte de poète influencé par les lumières, avant-gardiste, victime du spleen. Il mourra lors d’un duel contrairement à Eugène. Ce qui sera malheureusement le sort d’autres écrivains russes comme Dostoievsky. Pouchkine aura surtout impressionné par la diversité de ses oeuvres alternant drames historiques avec des récits sociaux mais surtout, on sent l'importance nationaliste et la sensation de patriotisme qu'il véhicule constamment au travers de ses oeuvres. Il s'inspire des écrivains anglais (Shakespeare, Byron, ...) et français (Molière, Stendhal (le personnage d'Hermann de la Dame de Pique)).
Alors que Gogol inventera le roman russe, Pouchkine fût sans doute la première source d'inspiration de celui-ci. Il ne cessera d'ailleurs pas d'influencer si bien la littérature que la musique et les opéras (Le tsar Satan de Rimsky-Korsakov, Eugène Oniéguine et La dame de pique de Tchaikovsky, Boris Godounov de Moussorgsky, La Roussalka de Dvorak) et le cinéma (Amadeus de Milos Forman).
16:03 Publié dans Pouchkine Alexandre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : la dame de pique, eugène oniéguine, boris godounov, alexandre pouchkine, mozart et saliéri, le convive de pierre
12.03.2009
Batman : Dark Victory (Jeph Loeb & Tim Sale, 1999)
Le retour du Dark Knight

L’histoire se déroule après Batman : The Long Halloween, le tueur “Holiday” a été appréhendé, il s’agirait d’Alberto Falcone. Cet épisode s’était soldé par la conversion d’Harvey Dent en Two-Face et la mort de Roman Falcone. Dans Dark Victory, il y a un nouveau tueur en série qui s’en prend aux policiers, il s’agit désormais du « Hang man », celui-ci pend ses victimes et accompagne celles-ci d’un jeu du pendu dans lequel le tueur explique les justices qui le poussent à agir. Dans un premier temps, Batman et consorts présument que Harvey Dent est le « Hang Man », celui-ci organise une sorte de comité du crime pour réfuter ses dires. Chacun des villains cherchent des preuves pour discréditer Dent en échange d’une rétribution financière provenant des caisses noires des Falcone.
Riddler. Accusé car il est le seul qui manie avec autant d’assiduité les devinettes. Il arrive à la conclusion qu’il n’y a pas un Hang Man mais plusieurs.
Scarecrow. Mort de Flass. Scarecrow projette d’utiliser des poupées pour répondre un virus. Une tension naît entre les Falcone au sujet de la distribution des pouvoirs. Sophia Gallante, enfant illégitime réclame sa part et souhaite continuer les activités illicites du père, ce à quoi s’oppose son frère.
Grundy. Two Face erre dans les égouts, il est protégé par Grundy. Catwoman semble partager des liens familiaux avec les Falcone.
Catwoman. Nouveau combat entre Batman et Catwoman, celle-ci veut obtenir le million de dollars des Falcone et réclame le cadavre de Carmine Falcone.
Calendar Man. Two Face cherche à convaincre Calendar Man de lui révéler l’identité de Holiday, un comité du crime est organisé avec pour membres : Joker etc … Nouveaux conflits entre les Falcone : Holiday joue cavalier seul, Sophia veut trouver et assassiner Hang Man car il pousse les enquêteurs à accuser leur famille, le dernier cherche à légaliser les transactions de la famille avec Gordon etc.
Joker. Il provoque de nouvelles guerres des gangs en faisant s’opposer les Maroni et les Falcone.
Robin. Les parents de Robin sont assassinés, Bruce Wayne se porte désormais garant de lui. L’acide utilisé pour rompre le lien du trapèze serait celui utilisé par Scarecrow.
Poison Ivy. Two Face est accusé d’être le Hang Man, il se présente au tribunal et est sauvé par plusieurs villains dont Poison Ivy. Robin continue son initiation pour suppléer Batman dans sa tâche. En guise de confiance, ce dernier lui révèle son identité constatant que le jeune homme à un passé semblable au sien.
Two Face. Two Face tue le détective Porter pour prouver son allégeance au comité du crime. Calendar Man manipulait Alberto Falcone pour qu’il mette fin à ses jours. On suppose qu’il est vraisemblablement Holiday.
Peace. Il se révèle que Hang Man est Sophia Gallante qui souhaitait venger la mort de son père en faisant accuser Two Face pour ses crimes …
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06.03.2009
Memento (Christopher Nolan, 2000)
Le combat contre l'oubli

Cet article constituera une forme d’hommage à un film qui est probablement l’un des plus marquants de la dernière décennie. Le cinéma vit à l’époque une sorte de crise d’originalité, certains vont dans la transgression pour faire leurs marques comme Sam Mendes (American Beauty), et puis de jeunes réalisateurs cherchent des systèmes pour surprendre le spectateur. L’originalité ne viendra pas du fond, mais du traitement et de la manière décalée de passer l’information (Pulp Fiction), d’un autre côté, la déconstruction totale de la narration pour faire une sorte d’anarchie filmique rendant le tout compréhensible à la fin aux yeux du spectateur peut paraître classique désormais mais pas alors.
Ainsi dans cette vague, nous découvrirons Christopher Nolan dont le frère a écrit une nouvelle d’une originalité déconcertante. Ceci constituera par ailleurs le résumé du début du film :
« Leonard Shelby est victime d’une forme rare d’amnésie. Toutes les 15 minutes, son cerveau subit une sorte de reformatage et il ne se rappelle que des informations essentielles à sa survie (manger, boire etc …), ce personnage n’est pas sans rappeler celui de XIII. Errant dans un monde qu’il ne comprend plus, il se donne pour unique objectif de retrouver l’assassin de sa femme ! »
Mais quelle est vraiment la qualité singulière de ce film ? Ce que les Cahiers du Cinéma dénomment comme une FBI, est pourtant une idée extrêmement intéressante du point de vue du fond (comment vivre lorsque nous oublions constamment ce que nous faisons ?). A la différence l’amnésie « banale », Leonard Shelby est conscient de sa pathologie et il veut justement la combattre, c’est une lutte entre les souvenirs qui s’évaporent petits à petits et le désir intime de les utiliser pour mener à bien une enquête. Leonard Shelby (Guy Pearce) est constamment mené en bateau par ses amis (Joe Pantoliano, Carry Anne Moss), escroqué par le propriétaire de l’hôtel. Il y a d’ailleurs un dialogue particulièrement amusant lors de cette scène :
« Proprio : 50 dollars !
Leonard : Je n’ai pas déjà payé ?
Proprio : Non !
Leonard : Bon, je ne le note pas car vous avez l’air honnête !
Proprio : Qu’est-ce que ça change puisque de toute façon, vous aurez tout oublié dans 5 minutes ?
Leonard : Là, vous poussez la franchise un peu trop loin … »
Plus tard dans le film, on apprend que le propriétaire loue deux appartements à Léonard ce qui témoigne que lui aussi tire profit de sa pathologie. Chacun essaie tant que possible d’utiliser au mieux Léonard, Carrie Anne Moss aimerait qu’il assassine son ex mari, Joe Pantoliano cherche à se disculper du crime de la femme de Léonard … L’aspect singulier de Memento, c’est justement la méthode mise en place par Léonard pour éviter d’être dupé, il multiplie les tatouages sur son corps afin de ne rien oublier, prend des photos pour se rappeler le lieu où il loge et la tête des personnes qu’il connaît. La singularité de Nolan, c’est aussi d’avoir transposé le récit à l’envers, nous voyons donc d’abord le début et les 15 minutes précédentes par la suite. Ainsi, le spectateur n’est pas lassé du comportement de Léonard, si le récit avait été dans une linéarité classique, la perte constante de mémoire de Léonard aurait été ennuyante pour le spectateur qui le verrait constamment en train de renouer des contacts avec les mêmes personnes.
La linéarité inversée permet aussi de surprendre le spectateur. L’exemple me vient de cette poursuite savoureuse entre Léonard et un homme où Léonard se dirige vers lui, l’homme tire … Il comprend donc qu’il n’est pas le bienvenu, il fuit sans comprendre. La vie de Léonard n’a plus de sens, il stagne, n’évolue plus et le pire, c’est qu’il le sait ! Il se perd dans un objectif qu’il ne peut atteindre car trouver l’assassin de sa femme et recouper des informations est impossible dans sa condition, c’est une sorte de fatalisme.
« C’est emmerdant que personne ne vous croit ! Si cela, j’avais toutes mes capacités, je pourrais être crédible. Je dois me rappeler d’un certain Sammy, je vous ai déjà parlé de ma condition ? Vous ne savez rien. Si vous avez faim, vous ne savez pas pourquoi ! Si vous êtes coupable, vous n’avez aucune idée du pourquoi ! Sammy avait le même problème, je ne vous ai jamais parlé de sa femme ? »
Dés le début, le spectateur est alerte et interloqué par l’étrangeté de Memento, Leonard secoue une photo et celle-ci devient de plus en plus floue. On comprend que la scène est filmée à l’envers et ceci montre la méthode que Nolan emploiera durant tout le récit ! En plus d’être un amnésique rare, Leonard recompose les éléments manquants de certaines informations allant jusqu’à créer le personnage de Sammy Jenkis qui n’est autre que lui-même.
Toutes ces qualités témoignent de la rigueur que requiert la conception d’un scénario si alambiqué et atypique. A l’instar de la complexité du film, le tournage fût aussi une calamité et un défi énorme que Nolan pût recomposer. Si l’on est attentif, chaque élément témoigne d’un retour dans le passé (la voiture plus propre, la griffe sur la joue de Léonard, son air de plus en plus soigné). D’ailleurs, cette griffe est particulièrement intéressante car les films traditionnels montrent d’abord les causes avant les conséquences, ici nous voyons les conséquences et nous nous interrogeons sur les causes. Nolan essaie au mieux de créer une cohérence au sein du récit (nous avons le même travelling vers la maison au début et à la fin du récit).
Le tournage devait être très rapide, les scènes devant être bouclées selon une deadline très proche ce qui explique par exemple, que l’on ne voit quasiment jamais Guy Pearce au volant de sa voiture lorsque nous avons un plan éloigné sur celle-ci. Deux équipes se sont partagées les tâches ! Lors des scènes dans la chambre de l’hôtel, les prises de vues à l’intérieur montrant Léonard furent tournées en studio car il n’y avait pas assez de place pour introduire le matériel, alors que les scènes montrant cette même porte mais en contrechamp sont prises en décor naturel, on peut aisément imaginer le travail titanesque que cela a dû représenter pour l’éclairage …
La musique est signée David Julyan, il a déjà composé les bandes originales de Following, Insomnia et Le Prestige aux côtés de Nolan. Comme à son habitude, la BO est très épurée, proche de l’ambiant music. Elles traduisent le vide, le chaos interne du personnage mais aussi le côté éternellement renouvelé de l’intrigue via une composition très répétitive et peut variée. Les musiques n’étouffent donc jamais le dialogue et en sont toujours assorties ce qui confirme leur définition de musique d’ « ambiance » !
15:19 Publié dans Julyan David, Nolan Christopher | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : memento, christopher nolan, guy pearce, joe pantoliano, carrie anne moss, david julyan, following, insomnia, le prestige


