16.04.2009

Les 3 royaumes (John Woo, 2009) + Histoire de Chine (René Grousset, Partie 1)

La chorégraphie des combats chinois dans toute sa splendeur

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Date de sortie : 25 Mars 2009 Les films de 2009 ...
Réalisé par John Woo
Avec Tony Leung Chiu Wai, Takeshi Kaneshiro, Zhang Fengyi
Film chinois.
Genre : Action, Historique
Durée : 2h 25min.
Année de production : 2008

Malgré le titre flatteur de l’article. Les 3 royaumes est un film à voir davantage pour sa forme que pour son fond comme beaucoup de films de John Woo … Il s’agit évidemment d’un fait de guerre chinois authentique mais c’est le fait historique qui sert plus à un étalage d’effets spéciaux que l’inverse, dans le sens où ce fait historique n’est que prétexte à l’action. Alors évidemment, on est très loin d’une réalité historique, il y a de nombreuses libres interprétations faites par John Woo de sorte à rendre son film artistiquement hors norme. Gageons qu’à ce niveau, c’est tout à fait réussi et c’est d’ailleurs le point fondamental à analyser dans ce film.

John Woo vit avec son temps, les premières séquences montrent un à un les personnages comme dans un jeu vidéo (le héros prend une pose et fait un air sérieux ou sourit selon qu’il est gentil ou méchant et le lettrage de son nom est en feu !). Rien de bien novateur là-dedans, on dirait une sorte d’adaptation de dynasty warriors au cinéma. En fait, ce n’est pas John Woo qui voudrait faire de ses héros des « guest stars », c’est l’histoire qui embellie par le temps fait que l’authenticité et les faits avérés de ces héros ne sont pas forcément réels. Ainsi Kouang Yu et Tchang Fei sont définis comme des sortes de surhumains (sorte d’Ajax ou Ulysse).

En fait, la grande particularité de Les 3 royaumes, est d’avoir su tout en proposant une chorégraphie impeccable, apporter une vision nouvelle des stratégies de combats de l’époque (info, intox ? Qui sait …). C’est du grand spectacle, et chaque film historique essaie de trouver sa stratégie montrant toujours un groupe inférieur en nombre face à l’adversaire dantesque pour davantage montrer les qualités de fin stratège du chef. Les 3 royaumes se situe dans la surenchère totale par rapport aux autres films historiques récents : Braveheart avait cette scène où les écossais embrochent les anglais, Le Roi Arthur et la scène du lac (reprise dans Pathfinder et provenant d’Alexandre Nevsky), 300 jouait sur la technique de la phalange (ironiquement, c’est comme ça que Epaminondas les aura), Mongol et ses hommes qui déploient leurs couteaux comme des ailes, etc … Dans Les 3 royaumes, tout est plus irréaliste mais magnifique. Il y a cette scène où les soldats forment un labyrinthe avec leurs boucliers avant de taillader l’ennemi, cette scène où ils récoltent des flèches grâce à leur flotte, ce plan en vue aérienne où un soldat se défait de 6 qui s’entre tailladent. La photographie est magnifique elle aussi, les décors sont somptueux et on a peur d’estimer le nombre de figurants.

Il y a aussi une sorte d’ironie du monde occidental, les chinois jouent au foot (est-ce que le message est nationaliste du type, nous avons inventé le foot ou bien est-ce qu’ils veulent montrer que c’est abrutissant de le pratiquer encore aujourd’hui tant c’est ancien ?). Si le cinéma chinois déploie déjà autant de moyens pour un film aujourd’hui et vu la pléiade de réalisateurs originaux (Ang Lee, Wong Kar Waï, Johnny To et Zhang Yimou) qu’ils ont, ce cinéma a de beaux jours devant lui …


Histoire de Chine (René Grousset, Partie 1)

chine.jpegLa Chine se situe en Mésopotamie (désignant les grandes d’alluvions fertiles). La religion qui y est pratiquée est le confucianisme qui se résume à la notion d’humanité envers autrui et envers soi-même. Confucius disait qu’il valait mieux s’immoler soi-même que de tuer autrui. Le premier césar chinois sera Che Houang-Ti (207 av JC) qui va unifier les différentes régions de l’Empire T’sin sous une administration solide grâce à des échanges en masse. Après cette période, le fils ado du césar se suicide, incapable de reprendre la féodalité en main, s’ensuit l’anarchie. Il est important de constater que la féodalité chinoise (VIIIème au IIIème av JC) fonctionnait déjà comme la nôtre. La féodalité tombe entre les mains de Lieou Pang, homme modeste.

Les Han

Les Han devaient constituer une simple noblesse qui n’entraverait pas le pouvoir de l’Empereur. La Chine se définit toujours aujourd’hui comme étant les fils de Han. Lu reprend le pouvoir à la mort de Pang. Elle veut tuer un des fils de son ex-mari avec une de ses concubines mais risque de tuer le sien et est donc interpellée. Les Han s’imposent difficilement au début.Wou-Ti restera 56 ans sur le trône des Han qui ont le goût de l’autocratie. Les lettrés (confucéens) s’opposent au césarisme chinois. Wei T’sing envahit les Huns et y définit le début de la route de soie mais il perdra une bataille au cours de laquelle ils se retrouvent coincés dans un gouffre alors que les Huns leur lancent des pierres du haut de la falaise. Il y a un parallélisme à faire entre la formation de l’Empire Romain et celui des Chinois. Il y a une légère décadence chez les Han.

L’ère Wang-Mang

Wang-Mang était neveu d’une vieille impératrice, il empoisonne le fils et se proclame fils du ciel. Les lettrés sont très appréciés sous son règne. Il entreprend quelques réformes qui s’avèrent inefficaces et utopiques à long terme comme le fait d’accorder à chaque famille de 8 personnes, une maison de 9 hectares ce qui lui attire les foudres de la bourgeoisie. Ceci était à la base une idée de Mencius. Il garde les stocks invendus pour les distribuer en cas de pénurie. Le monopole de l’or ruine la noblesse. Ses réformes monétaires plongent le pays dans une crise économique. Les Sourcils Rouges se rebellent. Wang-Tang est assassiné, c’est le retour de la dynastie Han.

Retour des Han

Les Han écrasent d’emblée les Sourcils Rouges. Avant 46, il y a de nombreuses invasions mongoles, et après une sécheresse et de nombreuses anémies. Le bassin du Tarim est de première importance car il est le lien entre l’Occident et l’Extrême Orient. Les peuples qui occupent le bassin ne s’asservissent pas facilement aux peuplades envahissantes. T’chao va envahir les oasis du Tarim en attaquant les Huns, ceux-ci projetaient de l’assassiner le lendemain. Le nouvel empereur le somme de se retirer du bassin mais il y reste. Il conquérait (avec l’aide des peuplades soumises des oasis) les autres oasis. La Chine désigne Rome comme la Grande Chine. La Chine était le pays de la soie, serica. La route de la soie sera crée à partir de la Syrie jusqu’en Chine.

Le bouddhisme

bouddha.jpegLe bouddhisme était exclusivement indien pendant 6 siècles. Un prêcheur comprit sous un arbre Bodhi, la douleur universelle. Il y définit les préceptes du bouddhisme, religion pessimiste où la vie éternelle est vécue comme une douleur car la vie consiste à naître, souffrir, renaître et souffrir. La solution est le nirvana qui permet d’éteindre le moi et de lutter contre les passions, l’universelle charité et l’éternelle privation. La Chine trouve dans cette religion la révélation d’un nouveau monde spirituel. La première représentation du Bouddha est influencée par Alexandre et était vu comme un occidental avec un point entre les yeux.

Suite à venir …

11.04.2009

Le dossier Attila (Katalin Escher, 2007)

Le Dossier Attila

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Avant Attila


L’histoire des Huns ne débute pas à l’époque des grandes conquêtes d’Attila. En fait, il n’est pas une conquérant majeur grâce à ses conquêtes car il n’en a réalisé que très peu. C'est-à-dire qu’il n’a en général fait que récupérer des territoires qui appartenaient précédemment aux Huns. Quelques années avant l’ère Attila, il y avait déjà des arrangements entre les Huns et les Romains. Constantinople faisait l’objet d’intérêts de toutes parts, les Romains et les Huns décidèrent d’établir un pacte qui arrange à la fois les deux parties. Pendant ce temps, l’Empire Hun doit trouver un successeur à l’empereur défunt.

Attila et Bleda


Attila et Bleda seront tous deux nommés successeurs, en fait il est difficile de comprendre par quelle filiation ils ont pu se retrouver à ce poste car ils n’étaient pas les fils du souverain, celui-ci n’avait peut-être pas de descendance, toujours est-il que les deux frères se retrouvent sur le trône. Rapidement, Attila (selon les rumeurs) assassine Bleda et gère à lui seul l’Empire.

Relations avec l’Empire Romain


Il envoie directement des missives exigeantes aux ambassadeurs Romains. Ceux-ci lui concèdent 700 livres d’or par an et promettent d’envoyer tous les ressortissants Huns qu’ils ont capturés. Attila n’a nullement l’intention d’utiliser la totalité de ceux-ci, il préfère dans un premier temps éliminer les contestataires Huns. L’Empire Romain est alors déjà en conflit avec plusieurs populations nomades dont les Sarrasins et les Zanes. Une zone neutre est établie entre Rome et les territoires Huns, elle ne doit pas être violée. Ce ne sera pas le cas car les Romains en profiteront pour y installer des paysans. Il est difficile de juger le statut d’Attila, il se juge lui-même chef des Huns et refuse la désignation insultante de général de Rome. Rome l’envoie en Burgonde pour qu’il y terrasse l’armée en place, Attila s’accomplit pour prouver son allégeance à Rome mais aussi pour essuyer un affront que les Burgondes ont commis envers son père. Attila ne voulait traiter qu’avec les émissaires de haut rang. De nombreux petits conflits seront issus du non-paiement du tribut hunnique établi entre Attila et Aetius.

L’affaire Honoria


Le conflit entre les Romains et les Huns débutera sur un fait mineur. Les Romains auraient pillé des trésors Huns dans l’équivalent du Nord danois actuel ce qui aurait attisé la colère d’Attila. Mais le conflit sera effectif lorsque Attila réclamera Honoria, une riche héritière italienne. Il attaque les Wisigoths et crée des arrangements avec Genseric ; roi des vandales. Attila envahit plusieurs villes d’Italie mais laisse Rome, il ne se mariera jamais avec Honoria et mourra peu avant la chute de l’Empire Romain lors de ses noces.

Attila, le conquérant


Atta-Ila signifie petit père en germanique. Certains pensent qu’il était d’origine hongroise … Attila était un général subtil, sûr, calculateur, il croyait les devins. Il se dit aryen et plutôt paganiste que chrétien, il fait déjà des références à Tengri (racines communes en Mongolie avec le peuple de Genghis Khan que nous avons déjà vu). Une tradition des Huns héritée sans doute empruntée à la dynastie des Han était de mettre une épée au sommet d’un bûcher, et on égorgeait autour des prisonniers afin de la sacraliser. Ils pratiquaient la scapulomancie qui consiste à voir dans les omoplates (ou éléments osseux) d’animaux l’avenir des hommes.

Organisation des Huns


Les Huns seraient issus de scythes royaux (population qui correspond à l’Iran actuel dont les Sarmates faisaient partie mais aussi les Alains). Les Huns laissent l’organisation des Etats soumis aux anciens chefs. Dés qu’Attila devenait maître sur un territoire, il préférait le dépouiller que d’y introduire ses propres paysans afin de préserver le territoire, les Huns étaient avant tout des nomades. Attila jouera toujours un double jeu entre les Germaniques et les Romains promettant aux uns et aux autres de conquérir l’autre.

La mort d’Attila

Attila a été probablement assassiné même si on évoque une maladie de l’estomac, et qu’il aurait craché du sang avant sa mort. Les faits rapportés sont peu précis à ce sujet. A sa mort, ses sujets doivent se mutiler le visage pour feindre les larmes métaphoriques. L’Empire d’Attila sera distribué entre ses 3 fils qui se sont répartis les terrains en 3. Devant l’ennemi Germanique, l’armée divisée est unie en dernière minute mais totalement défaite par Aldaric en une seule bataille. Les Huns fuiront l’Europe et ce sont les Gépides qui occuperont dés lors leurs terrains.

Le mythe Attila

Attila était considéré par les Romains comme une sorte de fléau de dieu, cette formule fût aussi employée pour désigner Aldaric qui pilla Rome en 410.

07.04.2009

Shutter Island (Dennis Lehane, 2003)

Shutter Island, le prochain Scorcese

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Qui est Dennis Lehane ?

On a très peu d’informations sur sa vie si ce n’est qu’il vit à Boston et qu’il a écrit un scénario d’un long métrage intitulé Neighborhoods. Celui-ci ne verra jamais le jour. En fait, c’est Clint Eastwood qui a permis à Dennis Lehane d’obtenir une certaine notoriété grâce à son adaptation de Mystic River, roman le plus célèbre de l’écrivain américain.

En outre, une autre adaptation d’un de ses romans fût celle de Gone, Baby gone. Film que j’ai moyennement apprécié, la qualité du jeu de Casey Affleck est loin d’égaler celle de L’assassinat de Jesse James et l’actrice principale ne crève pas l’écran, loin de là. Le récit fonctionne sur le non-dit, les fausses pistes mais on a du mal à rentrer dans l’intrigue tant les personnages paraissent insipides et l’enquête morne.

Shutter Island :

Shutter Island rappelle à quelques égards les deux romans précités, Mystic River par le côté, péché de jeunesse inavouable, le meurtre est-il perpétré ou non par le protagoniste. En cela, Lehane est une sorte de génie, le roman est à la première personne et on ne peut pas se fier à ce que le narrateur dit, ce qui explique par ailleurs en quoi l’histoire est si déroutante.

Résumé :

Deux marshalls se rendent sur une île où siège un hôpital psychiatrique. L’une des patientes s’est enfuie et les marshalls sont chargés de la retrouver. Rapidement, celle-ci les mène en bateau en multipliant les énigmes qui mèneront à sa découverte. Le personnel de l’asile psychiatrique est plus que méfiant, jugeant que les marshalls pourraient critiquer leurs méthodes. Rapidement, le passé de la patiente se confond avec celui du protagoniste …

Ce qui est intéressant dans Shutter Island, c’est le nombre de pistes possibles pouvant mener à la résolution :

1/ Rachel a disparu mais à quoi correspondent ses énigmes ?

2/ Les autorités de l’asile mènent en bateau les marshalls pour secrètement les séquestrer.

3/ Le personnage principal serait peut-être lui-même un des patients ?

4/ Rachel aurait-elle été la femme du personnage principal ?

Lehane multiplie les fausses pistes mais pas à la manière d’une Agatha Christie ou d’un Conan Doyle. L’intérêt du lecteur n’est pas de savoir qui est le responsable mais plutôt de savoir ce qu’il en est au sujet du narrateur, est-il un martyre ou pas ? Chaque nouveau chapitre nous porte davantage sur une hypothèse plutôt que l’autre. L’auteur parvient aisément à jongler entre les deux sans lasser le lecteur …

Martin Scorcese :

Shutter Island est le sujet du prochain film de Martin Scorcese. C’est assez étonnant de le voir se saisir d’une histoire pareille, non pas qu’il n’en soit pas capable mais tant l’histoire diverge de ses thèmes privilégiés. Sans rentrer dans le stéréotype : Plus de mafia, pas de personnages omnipotents, perspective davantage psychologique, peu de personnages, etc … Le film devrait sortir au mois d’Octobre de cette année.

06.04.2009

Calvaire (Fabrice Du Welz, 2005)

Le bis belge

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Pour ceux qui croiraient que l’industrie cinématographique belge ne fait que dans le social. Voici Calvaire, film réalisé par Fabrice Du Welz qui se fait petit à petit une réputation internationale dans le cinéma de genre. Calvaire est entre autre inspiré de Strawdogs de Sam Peckinpah, film dans lequel Dustin Hoffman est prêt à tout pour protéger sa femme d’une bande d’illettrés locaux.



Résumé de Calvaire :

Marc Stevens est un chanteur itinérant, son succès est retentissant auprès du peuple du troisième âge. Il doit se rendre dans le sud de la France mais tombe en panne près de l’hôtel de Bartel dans le Luxembourg. Bartel est avenant et entretient son hôte avec le plus grand soin jusqu’au moment où il pète les plombs et prend le jeune homme pour sa femme qui l’a quitté.



Calvaire est un film qui séduit, sorte de Massacre à la tronçonneuse avec une touche très originale et belge. Il y a de nombreux clins d’oeils au cinéma de genre. Comme je l’ai dit à Strawdogs mais aussi un film culte belge, Vase de noces, dans lequel un fermier copule avec ses cochons. Ce qui est étonnant dans Calvaire, c’est que rien ne nous rapproche de ce pseudo héros froid et distant avec tout le monde alors que Bartel, le propriétaire de l’hôtel, est toujours souriant et prévenant. Toutefois, celui-ci a un brin, une sorte de tension entre les villageois bouleverse ce hameau où tous reprochent à Bartel, le départ de Gloria, son ex-femme. Etonnant par la suite, tout le monde confondra Marc Stevens avec cette même Gloria. La mise en situation est lente malgré quelques indices qui annoncent plus ou moins la suite des évènements, notamment ce taré qui cherche sa chienne (il s’agit en fait d’une vache).

Ce taré est la source du mal, il amène Marc à l’hôtel. Lorsque Marc s’enfuit, c’est lui qui le ramène à Bartel. Bartel est un Marc Stevens « raté » … effectivement, il est difficile de dire que la carrière de Marc Stevens est réussie, tous les deux sont artistes. Tous les deux ont eu leur succès devant un public facile à rallier à sa cause.

01.04.2009

Mongol (Sergeï Bodrov, 2008)

Le successeur de Kurosawa ?!

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En fait, le préambule de cet article n’est guère efficace car il serait restrictif de parler uniquement de cinéma russe dans le cas de Mongol. Il s’agit d’une coproduction internationale (Kazakhstan, Mongolie, Allemagne et Russie). C’est donc avec précaution qu’il faudra parler de film russe plutôt que de film kazakh. Cette précision faite, ce film m’a réjoui et ce, parce qu’il est atypique dans le genre film historique (tout au moins si l’on considère les productions des 20 dernières années). Au contraire des standards hollywoodiens, ce n’est pas ici que nous verrons effusions de sangs sur effusions de sangs (bien qu’il y en ait malgré tout). Mongol pose une sorte de biographie de l’ascension de Gengis Khan. Cet exercice est aussi ambitieux que périlleux mais nous verrons cela par la suite. On dirait que Bodrov est une sorte de nouveau Kurosawa, la comparaison est flatteuse mais le réalisateur suit avec une telle maîtrise l’exemple du japonais qu’elle ne peut pas ne pas être évoquée. Mongol rappelle Le Rance qui est plus que probablement volontaire (références au théâtre du Nô exclues). Les scènes de combat sont typées Kurosawa, les longs plans fixes sur Temudjin impassible contraste avec ceux d’Hidetora sombrant dans la folie, la tendance omniprésente du réalisateur à mettre en évidence la perdition de l’être humain au sein d’une nature hostile (tous ces plans où Temudjin est seul dans la montagne).

On peut pousser les parallèles entre Ran et Mongol plus loin, les disputes de Ran sont issues d’un problème d’héritage, il en est de même dans Mongol. Toutefois, la présentation des personnages est différente. Hidetora est vieux et sénile alors que Temudjin est jeune, calme et fin stratège. En guise de référence explicite à Ran, on retrouve cette scène où Temudjin brise une flèche comme l’un des fils d’Hidetora l’avait déjà fait. Et puis il y a aussi ce jeu sur les valeurs chromatiques (omniprésence du rouge), le fait qu’il y ait un éclipse solaire au cours de la bataille. Tout comme Hidetora, Temudjin est refoulé de tous, ici cela permet de créer une empathie spectatorielle contrairement à Ran.

Mongol possède en outre des qualités propres remarquables. Sa manière de tenir en haleine le spectateur en post-posant sans arrêt ce qu’il attend (le combat) nous permet de mieux apprécier l’ascension du personnage. Ce n’est pas le conquérant mais l’homme qui est montré et son passé qui justifie les actes posés dans le futur. Le héros est charismatique, assez fidèle à la réalité historique … La qualité de la photographie est saisissante, c’est une image des steppes hallucinante qui est proposée et une variété de paysages qui soulignent la méticulosité avec laquelle le réalisateur a choisi ses lieux de tournage. Bodrov n’est pas tombé dans le travers de Stone avec son Alexandre, ce dernier relate partiellement l’histoire d’Alexandre Le Grand, et dés lors on lui reproche le manque de détails concernant les diverses conquêtes. En effet, Alexandre se limitait après la bataille de Gaugamel à montrer la capitulation de Babylone. Hors ce qui était justement intéressant, était de montrer comment Alexandre Le Grand a conquis ses diverses régions, non pas tout le temps par la force mais bien parce que de nombreuses contrées s’enhardissaient de le voir venir car l’avenir qu’il leur proposait, était bien meilleur (une sorte d’autonomie administrative, le peuple s’autogérait, pas d’immersion de la culture grecque mais une redevance due à Alexandre). Bodrov lui, se limite à l’ascension de Khan … Pari extrêmement risqué car, c’est vrai, il aurait été trop difficile de montrer toutes les conquêtes du Khan et ce parti pris peut témoigner d’une forme de simplicité mais ce n’est pas le cas car justement, les conquêtes sont très détaillées contrairement au passé du conquérant. C’est donc un point de vue insolite que propose Bodrov à travers son film.



Dés lors, j’ai quelques précisions à faire à tout un chacun qui visionnera le film, n’explique pas tous les faits marquants du passé de Temudjin ; précisons que Khan signifie souverain, Gengis signifie universel … Tout est fait pour que le spectateur s’apitoie sur le sort de Temudjin.

Ce que le film ne dit pas :

1/ Son père meurt empoisonné par des Merkit. Ce qui n’est pas dit, c’est qu’il a enlevé la femme d’un de ceux-ci ce qui justifie leur acte.
2/ Temudjin tue dans son enfance son frère qui voulait voler des chevaux …
3/ La relation entre Temudjin et sa mère est plus conflictuelle en réalité.
4/ La première confrontation entre Temudjin et Jemukha se solde par la victoire de Jemukha et non l’inverse.
5/ A la fin, Temudjin libère Jemukha mais celui-ci reviendra encore par la suite mais finira par être tué par les hordes de Temudjin.
6/ Temudjin était déjà nommé Khan à l’époque et ce n’était déjà plus Jemukha. Le vrai Khan (Ong Khan) ayant fui la Mongolie pour se réfugier chez les Tatar et puis chez les Khorezmshahiens.
7/ « Tu ne tueras jamais ni femmes ni enfants ! » : dit Temudjin dans le film hors il s’en prendra à la population chinoise sans restriction lorsqu’il exécutera sa dernière conquête.

Ce qui est assez étonnant, c’est que Bodrov élude ces quelques faits, on ne peut donc pas l’accuser de nier les faits … Sans doute a-t-il éludé aussi la première confrontation entre Temudjin et Jemukha, mais malgré tout, cet évènement ne s’est pas réellement déroulé de la sorte.



Ces précisions faites, je conclurai par la suite des conquêtes de Khan (non évoquée dans le film) :

 

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1201 : Premières confrontations entre l’armée de Temudjin (réunissant anciens vassaux du père et les fidèles ainsi que des hommes de Jemukha qui se sont joints à sa cause) et l’armée Tatar, échec de Temudjin.

1202 : Il soutient l’un des anciens de son père (un roi déchu) et obtient ainsi son soutien ainsi que celui du roi des Kin ce qui lui permet d’abattre l’armée Tatar.

1206 : Il est nommé Khan par ses semblables. La Mongolie est certes une féodalité mais administrativement développée, Khan s’emploie à organiser son Etat de sorte à y consolider sa main mise. Toutes les régions mongoles sont rassemblées en un même empire.

1221 : Conquête des Naïman > Suite à la fuite de l’ancien khan, Ong (Selon la tradition mongole, un khan ne peut jamais en chasser un autre). La bataille se déroule près d’un fleuve, de nombreux soldats meurent, Temudjin fait prévaloir ses qualités de stratège et remporte la victoire avec une armée moins grande mais plus organisée. Jemukha meurt.

1226 : Conflit contre les Tangut (Les Si-Hia), ceux-ci s’allient aux Kin pour tenter de refouler Khan. Temudjin est promu Gengis Khan. Les Kin sont protégés par la muraille de Chine, Temudjin se concentre sur les Si-Hia, il envahit les peuplades environnantes ou les soumet pacifiquement et assure ainsi ses arrières. Les Si-Hia se replient, ce qui s’avère être leur erreur, Khan les encercle dans une ville qu’il inonde (y compris certains de ses propres hommes).

1227 :
Khan s’attaque aux Kin. Le combat a duré au total plus de vingt ans.

Pendant ce temps le Khorezmshah annexe l’Iran et l’Afghanistan. Ils refusent la paix proposée par Khan et tuent ses émissaires à 2 reprises. Le roi du Khorezmshah tente de surprendre Khan en l’attaquant de 2 côtés mais celui-ci possède une connaissance stratégique plus fine et annihile sa tactique. Il tuera tous ses fils et ses femmes et filles furent distribuées entre ses fils.

Il envahit une partie de l’Europe et revient en Mongolie où il fait une chute à cheval et meurt à petit feu. L’empereur et la famille royale tangoute sont exécutés, le royaume de plus de 150 ans disparaît …

Gengis Khan est aujourd’hui méprisé au Proche-Orient et considéré en Asie et en Russie comme un conquérant glorieux (voir même un bienfaiteur). Il réalisa ses grands desseins en très peu de temps. Il était généreux (distribuait les récoltes avec ses soldats (précepte avancé par Sun-Tzu dans l’Art de la guerre qui conseillait de toujours partager le butin avec les soldats de sorte à ne pas générer une haine à ses dépens …)), s’habillait à ses débuts comme ses soldats pour ne pas marquer de différences entre eux, était un grand organisateur et ne perdit jamais son calme.

Le film montre d’ailleurs une scène remarquable où les cavaliers mongoles filent en première ligne (fait assez étonnant d’envoyer en première ligne, la meilleure partie de sa garnison) de sorte à ce que ceux-ci découpent les cavaliers adverses, en adoptant une sorte de position d’oiseaux en tendant dans chaque main tendue un sabre.

Le film s’achève sur une scène très intéressante, Temudjin se retourne vers un vieil homme qui l’a soutenu tout au long de son périple et lui demande ce qu’il va advenir de lui. Temudjin vêtit l’armure du Khan et sort, les rayons de soleil obturent l’objectif de la caméra. Le vieil homme dit : « Tu le sais déjà Grand Khan ! ». Et on voit par la suite défiler Khan avec ses loyaux sujets et des textes nous avertissent de la suite des évènements … Ainsi jusqu’à la fin, les conquêtes ne seront que pures évocations ! Comme quoi, l’avant intéresse peut-être plus le spectateur que le haut fait en tant que tel …

Parallèlement à cela, la bande originale (composée par Tuomas Kantelinen) est très atypique aussi, elle varie entre chants de mongoles et sons dissonants avec un accompagnement au violon assez strident mais très efficace. La chanson Destiny reste ma préférée, elle est utilisée pour témoigner des introspections de Temudjin. La chanson The Beginning est aussi le Ending theme (si l'on exclut la chanson du générique d'un groupe métal mongol) et est une sorte de musique d'ambiance, d'attente. Quelques percussions de tambours augurent une suite plus dynamique (en l'occurence les conquêtes) mais à laquelle nous n'assisterons pas. C'est donc une musique générant une forme de suspense, laissant présager le connu et l'attendu (les conquêtes) tout en montrant ce qui en fin de compte est inconnu (l'avant).

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