23.02.2009

Sur mes lèvres (Jacques Audiard, 2001)

Audiard/Desplat, un duo détonnant

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Cela fait quelques temps que j'avais du mal à approcher le drame français, encore dernièrement Le couperet ne m'avait satisfait qu'à moitié malgré une grande interprétation de José Garcia. Après avoir regardé De battre mon coeur s'est arrêté, j'avais un a priori positif envers Jacques Audiard (le fils de Michel Audiard). Sur mes lèvres est sans doute l’un des meilleurs films du réalisateur, probablement l’un des meilleurs rôles de Vincent Cassel. Celui-ci dira d’ailleurs à cet égard qu’il s’agit de son meilleur rôle et du meilleur scénario qu’il ait eu entre ses mains. Ceci n’est pas dû au hasard, plusieurs grands messieurs du cinéma ont contribué au succès du film. Commençons par citer Tonino Benacquista (rendu célèbre par son roman Malavita), Sur mes lèvres est sans doute l’une des adaptations les plus réussies des œuvres de l’auteur … En ce qui concerne Vincent Cassel, il a un rôle proche de celui qu’il avait dans La haine ou encore dans certains courts métrages kourtrajmés, celui d’un jeune rebelle ayant un rapport conflictuel avec les forces de l’ordre dont la banlieue est le terrain privilégié. Son personnage est ici très attachant, ses rapports avec cette jeune femme capable de lire « sur les lèvres » sont teintés de subtilité. Il est inévitable que ces deux âmes se rencontrent, mais tout les éloigne … Il faudra que la jeune femme (Emmanuelle Devos) se convainc de son pouvoir de séduction et stimule à nouveau son rapport à l’homme pour que leur union soit possible. Tous deux essayent de s’intégrer dans un monde qui semble les rejeter, Vincent Cassel est un repris de justice qui peine à trouver un boulot alors qu’Emmanuelle Devos est sujette aux brimades de ses collègues.

Lorsque Emmanuelle Devos doit se trouver un suppléant pour la soulager d’une partie de son travail, elle demande que la personne recherchée soit un homme de 25 ans, ce à quoi on lui répond qu’on ne peut choisir un homme plutôt qu’une femme car il s’agirait d’une forme de ségrégation. Emmanuelle Devos fait sa demande comme si elle s’adressait à une agence matrimoniale, l’allusion est directement repérée par le spectateur. Emmanuelle Devos a une forme de surdité, ce qui explique le fait qu’elle ait généré un don qui lui permet de lire sur les lèvres (d’où le titre du film). Alors que Vincent Cassel va l’aider à évincer les concurrents pour la présentation de ses contrats, elle en vient à aider Vincent Cassel à chercher la planque de l’argent de son patron (qui l’exploite) …

18883994.jpgLa BO est signée Alexandre Desplat et s’avère aussi être très réussie, il s’agit de la seconde collaboration entre Desplat et Audiard, il fera aussi la BO de « De battre mon cœur s’est arrêté ». La BO de Sur mes lèvres est partagée entre les influences européennes (plutôt sobre) et américaines (Plus vibrante et davantage portée sur les aigus). La musique diffusée lorsque Emmanuelle Devos prévoit de rejoindre Vincent Cassel à la discothèque fait penser à Light (Sur la BO de la Ligne Rouge de Hans Zimmer), même si Desplat n’a pas encore la virtuosité (au piano) qu’il aura dans la BO de Tainted Veil.

 

Le traitement du son est aussi particulièrement intéressant. L’ingénieur du son nous permet une meilleure identification au personnage d’Emmanuelle Devos en réduisant la qualité du son ou non selon que l’actrice a mis son dispositif auditif ou pas ! Dans une même optique, l’actrice épie ses collègues et explique à Vincent Cassel ce qu’ils racontent, la rendant ainsi indispensable à la bonne compréhension de l’intrigue ce qui confirmera d’ailleurs par la suite lorsqu’elle épiera le patron de Vincent Cassel. Ainsi, les effets cinématographiques qui permettent une meilleure identification à ce personnage sont très efficaces et subtiles !