29.11.2008

The Thing (J. Carpenter, 1982)

Quels sont les mécanismes de la peur de Carpenter pour susciter la peur ?

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The Thing est un film sorti en 1982 réalisé par John Carpenter. Il ne fera pas l’objet de critiques dithyrambiques dans la presse mais reste malgré tout considéré comme un film culte parmi les fans de films d’horreur. Il faut constater que pour l’époque, le film possédait des effets spéciaux particulièrement bluffant conférant le statut de maître de l’horreur à Carpenter. Ce serait triste de limiter son talent à cette unidimensionnalité, tant le jeune réalisateur a exploité toutes les ficelles du film gore pour les pousser à leur quintessence … The Thing est en fait un hommage à Howard Hawks (mais réalisé par Christian Nyby) et son The Thing from an other world (1951), et réitérera son expérience d’adaptation d’œuvres de Hawks avec Assault (inspiré de Rio Bravo). Le roman est de John W. Campbell et fera l’objet de ces 2 adaptations mais suscitera aussi les thèmes de films comme L’invasion des profanateurs ou Hidden beaucoup plus tard. Le film obtint deux nominations lors de l'Académie des films de science-fiction et horreur en 1983 : celle du meilleur film d'horreur et celle des meilleurs effets spéciaux. Il est en fait un des volets de la trilogie de l’apocalypse initiée par Carpenter : The Thing, Le prince des ténèbres et L’antre de la folie.

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Le film début sur le dévoilement de son élément perturbateur. Comme beaucoup de compositions d’Ennio Morricone, la musique accompagne en général un personnage en particulier. Le paradoxe est ici issu du fait que contrairement à Il était une fois dans l’Ouest, le personnage que la musique évoque n’existe pas dans une simple dimensionnalité vu qu'il peut revêtir n'importe quelle apparence. La musique est extrêmement lente et lourde, le rythme est très répétitif et crée une ambiance plus qu'une sensation qui soulignerait un aspect caractéristique du personnage ou une situation contrairement à Il était une fois dans l’Ouest ! Le monstre prend l’apparence d’un chien inoffensif, remarquons qu’il y a un processus de distanciation par rapport à la bête, elle ne nous est pas montrée en gros plan comme les protagonistes. Ensuite résulte d’un point de vue anthropologique, un échange linguistique infructueux qui débouche sur la mort des deux norvégiens, le manque de communication entre les hommes est l’une des critiques sous-jacentes du film. Seule l’individuation permet de triompher de ce genre de situation ce qui expliquera par la suite que le film finisse sur une note chaotique !

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Kurt Russel conserve son look Snake Plissken (New York 1997) dans The Thing. Le bandeau noir est remplacé par les lunettes, même touffe de cheveux rebelle et toujours le même comportement antipathique qui fait son succès. Toutefois, le personnage s’affranchit de son image de Plisken sur quelques points que nous identifierons par la suite. Kurt Russel part chercher de l’aide chez les norvégiens pour voir ce qu’il s’y est passé, on montre un gros plan sur l’hélice qui tourne en indiquant « Danger » et puis enfin, un plan sur le chien. Il y a donc un jeu sur les menaces : effective comme celle de l’hélice et implicite comme celle du chien. Carpenter se sert de ce procédé pour forcer le spectateur à vouloir anticiper les choses, qui est ce chien … Quelque chose cloche et la musique souligne ce passage étrange empêchant toute ambiguïté, il y a un problème avec le chien !

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Nouvelle scène d’angoisse, Carpenter ne veut toujours pas avoir recours à un quelconque processus de monstration, tout est implicite et suggéré. Le chien traverse le couloir et porte un regard étonné sur un homme donc seule la silhouette nous est dévoilée, celui-ci se retourne alors que le chien est désormais hors champ ! Carpenter coupe la scène à cet endroit pour faire en sorte que l’on se demande ce qu’il est arrivé à l’homme en question. On constate que le chien en question est toujours filmé à part entière dans le plan et jouit d’une exclusivité que les autres personnages n’ont pas. Il y a la chose et les êtres humains. Le combat de l’objet contre l’humanité, en soi cet hypothétique combat devrait révéler le triomphe de l’humanité mais justement, les hommes ne sont pas unis de sorte que le film joue sur la paranoïa, le manque de confiance, le manque de solidarité de ceux-ci.

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Enfin, après une demi-heure de film, Carpenter dévoile La chose. C’est étonnant de voir qu’il la révèle si tôt car la marque de fabrique de ce type de films (excluons les tueurs vengeurs : Freddy, Michael Myers, Jason Voorhees) est justement de suggérer l’objet de notre peur sans la matérialiser, évitant ainsi toute représentation. Ce que Carpenter sait, c’est que justement son objet a la caractéristique de se métamorphoser et que donc, le public ne pourra jamais l’affubler d’une forme définitive. Ainsi, la transformation, si impressionnante soit-elle, ne gâche en rien les futures apparitions de la chose qui sera tout le temps présentée comme un élément inédit. La chose apparaît alors comme une sorte d’araignée, précisons que comme dans Aliens elle n’est pas présentée dans son entièreté !

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Le film reflète aussi la psychose urbaine du SIDA, Carpenter implique donc le sujet de son film dans une dynamique contemporaine et une mise en perspective extrêmement réussie. La maladie était alors considérée comme une maladie homosexuelle qu’un steward aurait contracté. Il est dés lors étonnant de voir qu’il n’y a que des hommes dans The Thing …

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Désormais, Carpenter plonge l’ambiance de son film dans la pénombre, seuls les groupes électrogènes bleus éclaircissent la zone ce qui étend par la même occasion le champ d’intervention de la chose. On peut considérer que la chose ne se matérialise que la nuit …

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La menace devient tellement effective que tout le monde pense connaître quelqu’un de contaminé, Kurt Russel tente de réunifier le groupe en proposant de rester ensemble, ce qu’ils ne feront absolument pas ! De plus, Kurt ne tient pas ses bons principes et se confie à son magnétophone davantage qu’au groupe. Il ne croit plus qu’en sa propre survie et devient désormais une menace tant pour lui-même que pour les autres membres ! On le retrouvera seul dans une cabane à moitié gelé, ce qui témoigne d’autant plus de sa volonté d’être totalement à l’écart du groupe ! Il menace de faire tout exploser avec ses bâtons de dynamites, pour lui il n’y a déjà plus d’issue …

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Tout le monde craint désormais tout le monde, on essaie de dépister qui recèle la maladie. Chaque personnage est confronté à son destin et ce fil rouge révèlera si oui ou non, ils ont été contaminé malgré la réticence de certains à cet effet. Parmi eux, la chose se révèle mais attend qu’il y ait une quelconque preuve qui l’incrimine pour réagir comme si, sa compréhension évoluait en même temps que celle du spectateur.

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La chose ne poursuit plus l’homme, c’est lui qui la cherche. Ainsi il y a un processus d’inversion des rôles, le son qui normalement révèle la présence de la chose, et sert désormais dans un magnifique contrepoint à exprimer que la chose n’est plus là ! Le son est donc utilisé d'une manière inédite dans le sens où il n'a plus pour but d'exprimer un but précis. Désormais, le spectateur peut être surpris à n’importe quel moment avec la conscience que la musique ne sert plus de preuve visuelle.

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Enfin, il y a une fausse résolution. La chose est supposée être tuée, Kurt et un des protagonistes se retrouvent seul à seul, s’échangent une bouteille d’alcool et rigolent du fait qu’ils ne peuvent même pas se faire confiance mais que leur épuisement les empêche de faire quoi que ce soit d’autre. Fondu au noir, le son d’Ennio Morricone évoquant la chose ponctue le film sur une note très noire et d'un pessimisme abyssal !