16.10.2009
Seven (David Fincher, 1995)
Chaque péché retourné contre son pécheur

- Titre : Seven
- Réalisateur : David Fincher
- Origine : USA
- Acteurs : Brad Pitt, Morgan Freeman, Gwyneth Paltrow, Kevin Spacey
Seven débute sur un montage parallèle qui présente tour à tour les inspecteurs Sommerset et Mills. Ils exécutent à rebours les mêmes mouvements, ce montage permet de montrer les dissemblances dans les habitudes des personnages. L’un (Sommerset (Morgan Freeman)) est seul, rangé, classique et souhaite à tout prix prendre sa retraite et fuir la société. L’autre (Mills (Brad Pitt)) est un jeune impétueux sans vergogne, impétueux et impertinent. Le contraste est d’autant plus saisissant que l’un est blanc et l’autre noir.
Opening très original soutenu par la musique de Nine Inch Nails (Closer : Precursor), c’est la seule séquence qui présente la méthode du tueur. Il est difficile en voyant pour la première fois le film de s’en rendre compte. Il se lime les doigts, affûte ses outils …
Mills catégorise le criminel comme un dément supplémentaire, Sommerset reconnaît en lui une sorte de génie maléfique et fait des recherches à son sujet. Le premier crime est perpétré contre un obèse, victime de son péché de gourmandise. On remarque dés cet instant que malgré la référence implicite à La divine comédie de Dante, les crimes sont perpétrés dans un ordre différent (Dante met dans le premier cercle les orgueilleux (comme Aristote etc …)). Il est important aussi de remarquer que l’intertitre mentionnant le jour suivant donne un indice au spectateur sur le meurtre auquel il va être confronté. Par exemple, le jour du crime de la paresse, on verra Mills assoupi sur l’épaule de Sommerset qui renvoie directement au meurtre de la paresse. Le tueur se réfère à nombre d'écrits célèbres : Dante, Milton ("Long est le chemin qui de la lumière mène à l'obscurité"), Chaucer (Les contes de Canterbury).
Seven, c’est aussi un contrepoint au film policier classique (ce n’est pas un thriller). Le tueur se rend à la police et proclame haut et fort ses « œuvres ». Le final ne consiste dés lors pas à la découverte du meurtrier mais plutôt à son dernier acte. Comme si le meurtrier lui-même était le seul acteur alors que Mills et Sommerset, tous policiers qu’ils soient, deviennent de simples spectateurs comme nous.
La séquence durant laquelle Sommerset et Mills amènent le tueur à l’endroit qu’il leur a recommandé, met en place un débat sur l’éthique du criminel. Pour Mills, le tueur n’aura pas plus de succès qu’un slogan publicitaire, il se positionne donc en tant que policier omniscient qui crée une sorte de barrière entre sa logique et celle du tueur, ceci est renforcé par le fait que David Fincher filme Brad Pitt de derrière les barreaux de la voiture pour montrer la subjectivité du tueur et inversement. Morgan Freeman ne cautionne en rien les actes du tueur mais essaie de comprendre la nature de ses agissements. Une nouvelle fois, Fincher illustre parfaitement cette tendance en filmant le regard de Freeman dans le rétroviseur de manière à montrer une sorte de proximité entre les personnages. Finalement, Freeman est plus proche de ce tueur qu’il pourchasse que de Pitt qui incarne la nouvelle police décadente. Freeman et le tueur sont d’accords, c’est sur la manière de crier leur mal qu’ils divergent d’opinion.
Il reste un cadavre à découvrir mais deux péchés à blâmer. La curiosité du spectateur est particulièrement éveillée. La camionnette de livraison approche et livre une boîte qui ne peut contenir un cadavre. Morgan Freeman ouvre la boîte et est terrifié par ce qu’il découvre. L’objet de sa découverte nous reste inconnu, Pitt tient en joue le tueur. Le tueur fait l’aveu d’envier la vie de Brad Pitt, Brad Pitt découvre que la tête de sa femme est dans la boîte et descend le tueur. Une fin des plus noires et une réussite énorme pour un des réalisateurs les plus talentueux de notre génération.
20:08 Publié dans Fincher David | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : seven, david fincher, brad pitt, morgan freeman, dante, la divine comédie, kevin spacey, gwyneth paltrow


