02.10.2009

Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008)

La culpabilité de l’indifférence !

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  • Titre : Valse avec Bachir (Waltz with Bashir)
  • Réalisateur : Ari Folman
  • Origine : Français, Allemand, Israélien
  • Bande originale : Max Richter

Valse avec Bachir a longtemps figuré dans cette liste de films que je prévois de voir sans avoir la conviction de vouloir le regarder réellement. On lui prête les qualités d’un chef d’œuvre mais j’ai eu du mal à me rétablir de A scanner Darkly dont l’esthétique m’était chère mais le thème quelque peu vulgaire et non original. M’intéressant dernièrement au conflit israélo-arabe, Valse avec Bachir devenait le parfait prétexte pour pallier à cette méconnaissance de la situation du Liban. Ce n’est donc pas avec un regard historique que je ferai cette critique, d’autres l’ont déjà fait avec succès. Toute cette mise en perspective était nécessaire pour vous préciser que je n’étais pas un partisan de Valse avec Bachir et que c’était par contrainte de cinéphile que j’ai saisi mon courage à deux mains pour le regarder. Et quelle erreur … ! Dés les premières notes de la musique Boaz and dogs de Max Richter, le film exerce sur nous un effet magnétique. Surfant en quelque sorte sur la vague du dessin animé historico-politique sacralisée ces dernières années par Persépolis, Valse avec Bachir nous plonge dans une battue montrant des chiens chassant inlassablement Ari qui les regarde du haut d’un building avec un regard dédaigneux.

Valse avec Bachir est un film politique et le sujet abordé n’a rien d’infantilisant, cette simplicité dans la narration tire son avantage de proposer une approche poétique. Ainsi, nous épousons le regard d’une sorte d’amnésique de la guerre. Je ne sais si le terme amnésique est approprié mais le nœud de l’intrigue est que cet homme cherche à tout prix à savoir ce qui s’est passé dans les camps de Sabra et Chatila et surtout de savoir qu’elle était son rôle. Le film tire son originalité du fait que le metteur en scène entremêle la réalité dure des faits (rapportés par les témoins) et la réalité fantasmée du soldat (enchevêtrement de séquences poétiques tirant peut-être leur origine dans la mythologie libanaise ?). Le soldat s’imagine par exemple perdu en pleine mer et une sirène géante lui vient en aide. Le tout est magistralement souligné par la musique de Max Richter, tantôt sérieuse avec des rythmes percutants qui rappellent les scores d’Hans Zimmer ou encore Harry Gregson Williams et les rythmes lents accompagnés de violons (la magnifique musique Haunted Ocean dont il y a 5 variantes au cours du film).

Pour conclure, j’aimerais montrer la séquence du film qui m’a marqué tant par sa qualité esthétique que par sa qualité narrative.

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Premier plan : Un afflux de femmes en bourca qui se ruent vers les habitations dont elles se sont faites déloger. Des affiches de la propagande électorale de Bachir pullulent sur les murs de la ville.

Deuxième plan : La caméra surplombe les femmes en bourca pour venir cadrer dans un plan rapproché le personnage principal dont on reconnaît aisément les traits (regard hagard durant toute l’anime, légère barbe, sentiment d’impuissance et d’incapacité).

Troisième plan : Images réelles de documentaires, les femmes en bourca découvrent leurs habitations détruites. Il n’y a plus de musique pour accompagner ce qui se passe à l’écran, les images se suffisent à elle-même. C’est sur cette note dramatique que finit Valse avec Bachir accusant en partie l’inaction israélienne face à ces agissements barbares dont l’illustre Bachir fût le sujet.

Ne nous targuons pas en tant qu’occidentaux d’estimer que ces faits ne sont le théâtre que de populations éloignées et « barbares », des faits similaires seront observés en ex-Yougoslavie à peine plus tard …

Cette séquence est atypique car premièrement, elle résume à elle seule l’intrigue de Valse avec Bachir (excepté le côté poétique car nous sommes strictement dans la réalité désormais …). Les palestiniens (peuple d’éternels martyres) payent les erreurs d’une minorité de leurs concitoyens terroristes par des purges dans leurs camps perpétrées par les phalangistes libanais (mouvement d’origine catholique, radical), Israël n’intervient pas dans le conflit comme le souligne Folman à travers le mutisme de Shimon Perez, la mort de Bachir doit être vengée par les phalangistes libanais ce qui engendrera ces purges. Les affiches disséminées dans la ruelle martèlent en nos têtes ce nom inconnu pour le commun des mortels de Bachir. A travers ce mouvement de caméra qui surplombe la masse, on découvre au centre du champ de bataille ; Ari, désabusé, perdu … La vérité est tellement inavouable et la culpabilité tellement forte qu’il a oublié ce passage de sa vie et tenté de l’embellir. Il ne peut désormais plus nier la vérité, il était là, passif. Il a tout vu mais n’a rien fait, n’est-ce pas le pire ?! La transition se fait dés lors entre les images du dessin animé et les images de type documentaire pour montrer que le personnage a changé de niveau de savoir, il se rappelle dés maintenant. Finie la poésie, fini l’embellissement, il ne peut plus qu’admettre son passé outrageant !