09.02.2009

American Psycho (M. Harron, 2000)

American Psycho, comparaison entre le livre et le film

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American Psycho est le best-seller de Bret Easton Ellis sorti en 1991. Chef d'oeuvre du roman transgressif, American Psycho est un témoignage de la précocité et de l'érudition de son auteur. De fait, celui-ci divulgue ses connaissances si bien musicales que celles traitant de la mode. Culture qui peut certes paraître inutile par moment comme sa façon d'emphaser sur les différentes marques qu'utilisent son personnage principal mais cela permet de mieux passer au vitriole les aléas d'une société fondée sur la consommation.

Résumé : "Patrick Bateman, jeune directeur d'une société côtée en bourse "P&P", se plaint de la monotonie de sa vie qui se limite à ses allées et venues entre salles de sport et restaurants. Il s'amuse à distiller sa connaissance devant ses amis mielleux autour d'un verre de chianti "1980". Un jour, Patrick assassine un vieux mendiant ainsi que son chien. Ce jour est un déclic, il se sent soulagé. Ainsi commence la carrière du tueur en série ... Patrick Bateman ! "

American Psycho est un livre insoutenable par moments, le livre regorge de détails concernant les scènes de mutilation comme celle où Patrick insère du fromage dans le vagin d'une femme après quoi il insère un rat via un tube dans celui-ci. Force est de constater qu'il arrive parfaitement à faire en sorte que le lecteur se fasse une représentation de l'objet qu'il décrit. American Psycho, c'est aussi et surtout une critique de la société post-Ronald Reagan, société plongée dans une période de récession mais dont les vicissitudes ne transparaîssent guère dans le roman étant donné que Patrick Bateman prend à coeur le fait de critiquer les minorités (Le personnage est à la fois rasciste, misogyne, homophobe etc ...).

Le roman rappelle aussi les évènements principaux de cette époque, l'avènement de U2 pour qui le personnage principal éprouve une profonde aversion. L'apogée de la gloire de Phil Collins, après un parcours explosif dans les années 70-80 avec le groupe "Genesis" ou encore, Whitney Houston. L'évocation concerne aussi des personnages célèbres comme Donald Trump ou des films (références incessantes à Body Double).

American Psycho assassine l'image du Golden Boy arriviste, assassine l'"American Dream". Bret Easton Ellis prolonge l'édification de personnages marginaux, amoraux et psychopathes. Ce fût le cas dans une moindre mesure dans "Moins que zéro" ou "Les lois de l'attraction". Force est de constater que Bret Easton Ellis est à 27 ans, au sommet de son art ...

Analyse du film "American Psycho" réalisé par Mary Harron

Constatons que la majorité des adaptations de romans transgressifs des 90's rencontrent toutes leur petit succès. D'abord, "Trainspotting" d'Irvine Welsh par Danny Boyle, ensuite "Fight Club" de Chuck Palahniuk par David Fincher et plus récemment Choke du même auteur. Peu de réalisateurs auraient osé s'écorcher sur un sujet aussi épineux qu'American Psycho. Des journalistes français comme Ardisson se complaisent à organiser des rendez-vous entre Bret Easton Ellis et Ophélie Winter de sorte à alimenter les polémiques. Toutefois, American PSycho dort dans la pile des romans jugés inadaptables jusqu'à ce que Mary Harron émette l'idée d'adapter le projet. D'emblée, on s'étonne de voir une femme qui souhaite adapter le projet tant l'image de la femme y est peu glorieuse.

Le casting repose sur quelques acteurs méconnus : Christian Bale (enfant génie qui apparaît dans L'empire du soleil), Reese Whiterspoon (avant la revanche d'une blonde et après Cruel intentions) et William Dafoe (aperçu dans Platoon). Le film se veut beaucoup moins corrosif que le bouquin, certaines scènes semblent purement gratuites et rejoignent une seule et même idée, la misogynie de son personnage principal. Gageons que Christian Bale incarne à merveille le rôle du célèbre tueur, le film a permis de le lancer. Equilibrium exercera sur lui une sorte d'effet cathartique passant du personnage livide de recteur à celui de sauveur de l'humanité. Désormais, Christian Bale sera le sauveur de l'humanité, ce devait être écrit quelque part, il incarne Batman et joue le protagoniste dans Terminator ... Certains s'osent à le replonger dans des rôles de mécréants comme dans Bad Times ou The machinist mais les films s'avèrent être des flops lamentables.

Christian Bale en parfait Golden Boy est Patrick Bateman, on ne peut pas accuser Mary Harron d'avoir inventé des scènes servant pompeusement un propos féministe. Ce qui est à remettre en question est sa sélection, car de fait ... Elle occulte des scènes plutôt que d'autres pour accentuer l'édification d'un personnage misogyne. Par exemple ... pourquoi la scène du meurtre du mendiant est-elle évacuée en 2 minutes, il s'agissait de la première séquence permettant de révéler la nature du personnage. Alors que le réalisateur se complaît à dilater la séquence où Bateman s'amuse lamentablement à jeter une tronçonneuse sur une des putes. D'ailleurs, pourquoi mettre l'accent sur cette séquence sur laquelle on imagine déjà nombre de jeunes ados s'extasier plutôt que le reste. American Psycho version Harron évacue le discours politique : Exit Donald Trump et le monde de la pub ? Plus de body double, on passe à Massacre à la Tronçonneuse, signe révélateur ? Qu'en est-il des pubs, des différentes marques abordées par l'écrivain ... Toute cette dimension omniprésente du bouquin évacuée dans une seule et même scène (celle où Bateman se lave au début du film !).