02.10.2009
The Chaser (Na Hong-Jin, 2009)
Chronique d’un sadique au rythme du djembé

- Titre : The Chaser
- Réalisateur : Na Hong-Jin
- Origine : Corée du Sud
- Bande originale : Choi Jong-rock, Kim Jun-seok
- Acteurs : Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo
The Chaser avait enthousiasmé les critiques belges lors du BIFF, on sait que c’est généralement gage de qualité. Le BIFF a entre autre su reconnaître les qualités de films émérites comme Black Sheep, Rec et j’en passe. Cette année, la concurrence était particulièrement rude avec cette pléthore de films asiatique qui envahissent à nouveau nos écrans à notre plus grand plaisir. The Chaser tirera son épingle du jeu, film survitaminé avec cette audace qui manquait cruellement aux thrillers de ces derniers temps. The Chaser, c’est une critique politique, économique, sociale, bref tout passe au vitriol au sein d’une intrigue qui ne manque pas de peps.
Résumé : Plusieurs prostituées disparaissent dans les ruelles sombres et labyrinthiques d’une mégapole coréenne. Leur mac enquête et découvre que le même numéro appelle toujours les filles le jour de leur disparition. S’ensuit une course effrénée entre le tueur et l’ex-flic devenu mac.
The Chaser a cette qualité de prendre à contre-emploi la tendance moderne « experts » du film policier. C’est-à-dire que nous sommes dans une histoire où l’évidence même empêche une résolution, le tueur se livre lui-même (rappelant d’ailleurs le cynisme de Seven) et la police patauge pour retrouver les corps alors que la tendance télévisuelle moderne nous montre des policiers omniscients qui peuvent retracer avec un brin de cheveux les dernières activités d’un homme. C’est donc cette ferveur réaliste qui fait froid dans le dos car Chaser nous montre les facilités avec lesquelles un décadent peut en venir à tuer et la passivité avec laquelle il dissimule ses crimes (les corps sont à peine enterrés puis déterrer par le chien !). Enfin soit, le monde dépeint est profondément individualiste, cru et rompt avec cette idée du tueur magnanime prêt à tout pour cacher ses crimes.
The Chaser a aussi cette touche coréenne qui donne tout son charme, cette violence teintée d’un humour sarcastique permanent. Le tueur n’est pas crédible, on le sait, c’est un jeunot pathétique qui pourrait au plus figurer dans la rubrique nécrologique d’un massacre scolaire. La touche humoristique du film est à chaque fois donnée lors des confrontations tueur/mac. Le second le frappe et scande la vérité mais la police cherche en vain une chimère. Un exemple de la chaser’s comedy est le transport du mac et du tueur vers le commissariat. Le tueur est pris pour une victime martyrisée par le mac et inversement jusqu’au moment où le tueur avoue de lui-même, non sans ironie, être coupable ... Comme dans Memories of murders, la critique de la police coréenne n’est pas en reste, on détruit les preuves, on patauge, c’est le bordel total !
Il y a énormément de séquences originales dans The Chaser, j’en ai choisis deux qui me semblent être pertinentes.
Séquence 1 : La scène d’ouverture nous montre le procédé du tueur. Toutefois, on ne verra aucune effusion de sang (il faudra attendre …), le procédé est d’une simplicité abyssale. On montre que la voiture est toujours parquée au même endroit, les prospectus s’amoncellent sur le pare-brise. Avec une économie de moyens extraordinaire, on a compris l’essentiel et le nœud du film, des femmes disparaissent enlevées par un tueur et le nœud de la critique, les rues coréennes sont tellement surchargées que le crime se perd dans ses méandres de ruelles où l’administration semble n’être qu’un mot galvaudé.

Séquence 2 : Le mac parle avec une prostituée, elle raconte les sévices que perpétue le tueur sur ses victimes. Il cherche à savoir si elle a encore des messages de lui ou des photos. Contre-champ sur la petite fille qui assiste passive à ce dialogue. Le mac revient et s’arrête devant la voiture, elle le regarde et il lui rend son regard. Il est inquiet, on revient sur la petite fille qui pleure. Encore une fois, on évite le sempiternelle sentimentalisme : « Ta maman ne reviendra plus, tu devras être forte et grande ! ». Ce discours paternaliste est considéré comme acquis, le monde de Chaser est dur et impitoyable. Et c’est le mac qui devient le pourfendeur des libertés et le défenseur des opprimés, étrange paradoxe, non ?!

Pour finir, j’aimerais spécifier que la bande son de The Chaser est remarquablement agencée. Il y a constamment un essai sur le rythme musical : rapide lors d’une poursuite, rapide mais saccadé lorsque les personnages commencent à se battre, lent lorsque la quête héroïque est sans espoir. Il y a aussi ces sons minimalistes bizarroïdes qui ne sont pas sans rappeler les thèmes de Murcoff durant lesquels on montre les exactions du tueur. The Chaser, un film à voir et à revoir sans aucuns doutes pour ceux qui souhaitent un peu d’exotisme et de nouveauté.
10:07 Publié dans Na Hong-Jin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the chaser, na hong-jin, film coréen, memories of murders, seven


