06.03.2009
Memento (Christopher Nolan, 2000)
Le combat contre l'oubli

Cet article constituera une forme d’hommage à un film qui est probablement l’un des plus marquants de la dernière décennie. Le cinéma vit à l’époque une sorte de crise d’originalité, certains vont dans la transgression pour faire leurs marques comme Sam Mendes (American Beauty), et puis de jeunes réalisateurs cherchent des systèmes pour surprendre le spectateur. L’originalité ne viendra pas du fond, mais du traitement et de la manière décalée de passer l’information (Pulp Fiction), d’un autre côté, la déconstruction totale de la narration pour faire une sorte d’anarchie filmique rendant le tout compréhensible à la fin aux yeux du spectateur peut paraître classique désormais mais pas alors.
Ainsi dans cette vague, nous découvrirons Christopher Nolan dont le frère a écrit une nouvelle d’une originalité déconcertante. Ceci constituera par ailleurs le résumé du début du film :
« Leonard Shelby est victime d’une forme rare d’amnésie. Toutes les 15 minutes, son cerveau subit une sorte de reformatage et il ne se rappelle que des informations essentielles à sa survie (manger, boire etc …), ce personnage n’est pas sans rappeler celui de XIII. Errant dans un monde qu’il ne comprend plus, il se donne pour unique objectif de retrouver l’assassin de sa femme ! »
Mais quelle est vraiment la qualité singulière de ce film ? Ce que les Cahiers du Cinéma dénomment comme une FBI, est pourtant une idée extrêmement intéressante du point de vue du fond (comment vivre lorsque nous oublions constamment ce que nous faisons ?). A la différence l’amnésie « banale », Leonard Shelby est conscient de sa pathologie et il veut justement la combattre, c’est une lutte entre les souvenirs qui s’évaporent petits à petits et le désir intime de les utiliser pour mener à bien une enquête. Leonard Shelby (Guy Pearce) est constamment mené en bateau par ses amis (Joe Pantoliano, Carry Anne Moss), escroqué par le propriétaire de l’hôtel. Il y a d’ailleurs un dialogue particulièrement amusant lors de cette scène :
« Proprio : 50 dollars !
Leonard : Je n’ai pas déjà payé ?
Proprio : Non !
Leonard : Bon, je ne le note pas car vous avez l’air honnête !
Proprio : Qu’est-ce que ça change puisque de toute façon, vous aurez tout oublié dans 5 minutes ?
Leonard : Là, vous poussez la franchise un peu trop loin … »
Plus tard dans le film, on apprend que le propriétaire loue deux appartements à Léonard ce qui témoigne que lui aussi tire profit de sa pathologie. Chacun essaie tant que possible d’utiliser au mieux Léonard, Carrie Anne Moss aimerait qu’il assassine son ex mari, Joe Pantoliano cherche à se disculper du crime de la femme de Léonard … L’aspect singulier de Memento, c’est justement la méthode mise en place par Léonard pour éviter d’être dupé, il multiplie les tatouages sur son corps afin de ne rien oublier, prend des photos pour se rappeler le lieu où il loge et la tête des personnes qu’il connaît. La singularité de Nolan, c’est aussi d’avoir transposé le récit à l’envers, nous voyons donc d’abord le début et les 15 minutes précédentes par la suite. Ainsi, le spectateur n’est pas lassé du comportement de Léonard, si le récit avait été dans une linéarité classique, la perte constante de mémoire de Léonard aurait été ennuyante pour le spectateur qui le verrait constamment en train de renouer des contacts avec les mêmes personnes.
La linéarité inversée permet aussi de surprendre le spectateur. L’exemple me vient de cette poursuite savoureuse entre Léonard et un homme où Léonard se dirige vers lui, l’homme tire … Il comprend donc qu’il n’est pas le bienvenu, il fuit sans comprendre. La vie de Léonard n’a plus de sens, il stagne, n’évolue plus et le pire, c’est qu’il le sait ! Il se perd dans un objectif qu’il ne peut atteindre car trouver l’assassin de sa femme et recouper des informations est impossible dans sa condition, c’est une sorte de fatalisme.
« C’est emmerdant que personne ne vous croit ! Si cela, j’avais toutes mes capacités, je pourrais être crédible. Je dois me rappeler d’un certain Sammy, je vous ai déjà parlé de ma condition ? Vous ne savez rien. Si vous avez faim, vous ne savez pas pourquoi ! Si vous êtes coupable, vous n’avez aucune idée du pourquoi ! Sammy avait le même problème, je ne vous ai jamais parlé de sa femme ? »
Dés le début, le spectateur est alerte et interloqué par l’étrangeté de Memento, Leonard secoue une photo et celle-ci devient de plus en plus floue. On comprend que la scène est filmée à l’envers et ceci montre la méthode que Nolan emploiera durant tout le récit ! En plus d’être un amnésique rare, Leonard recompose les éléments manquants de certaines informations allant jusqu’à créer le personnage de Sammy Jenkis qui n’est autre que lui-même.
Toutes ces qualités témoignent de la rigueur que requiert la conception d’un scénario si alambiqué et atypique. A l’instar de la complexité du film, le tournage fût aussi une calamité et un défi énorme que Nolan pût recomposer. Si l’on est attentif, chaque élément témoigne d’un retour dans le passé (la voiture plus propre, la griffe sur la joue de Léonard, son air de plus en plus soigné). D’ailleurs, cette griffe est particulièrement intéressante car les films traditionnels montrent d’abord les causes avant les conséquences, ici nous voyons les conséquences et nous nous interrogeons sur les causes. Nolan essaie au mieux de créer une cohérence au sein du récit (nous avons le même travelling vers la maison au début et à la fin du récit).
Le tournage devait être très rapide, les scènes devant être bouclées selon une deadline très proche ce qui explique par exemple, que l’on ne voit quasiment jamais Guy Pearce au volant de sa voiture lorsque nous avons un plan éloigné sur celle-ci. Deux équipes se sont partagées les tâches ! Lors des scènes dans la chambre de l’hôtel, les prises de vues à l’intérieur montrant Léonard furent tournées en studio car il n’y avait pas assez de place pour introduire le matériel, alors que les scènes montrant cette même porte mais en contrechamp sont prises en décor naturel, on peut aisément imaginer le travail titanesque que cela a dû représenter pour l’éclairage …
La musique est signée David Julyan, il a déjà composé les bandes originales de Following, Insomnia et Le Prestige aux côtés de Nolan. Comme à son habitude, la BO est très épurée, proche de l’ambiant music. Elles traduisent le vide, le chaos interne du personnage mais aussi le côté éternellement renouvelé de l’intrigue via une composition très répétitive et peut variée. Les musiques n’étouffent donc jamais le dialogue et en sont toujours assorties ce qui confirme leur définition de musique d’ « ambiance » !
15:19 Publié dans Julyan David, Nolan Christopher | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : memento, christopher nolan, guy pearce, joe pantoliano, carrie anne moss, david julyan, following, insomnia, le prestige
11.12.2008
Following (C. Nolan, 1999)

Following est le premier long métrage de Christopher Nolan. « Following a reçu le Grand Prix du Festival international du film de Rotterdam, le Prix du meilleur film en noir et blanc du Festival international Slamdance. » (Source www.allocine.com). Je m’étonne toujours de voir à quel point la presse française (pour ne pas citer les cahiers …) fustige les films audacieux de la trempe de Following. Ainsi, les cahiers du cinéma démonteront Following et Memento et reconnaîtront malgré tout le talent de Nolan avec Batman : The Dark Knight, on croirait avoir le syndrome Scorcese, nié lors des Academy Awards durant toute sa carrière avec des films comme Raging Bull ou Taxi Driver. C. Nolan a l’avantage de pouvoir travailler constamment avec son frère, Jonathan. Following n’est pas leur première collaboration car ils ont déjà réalisé une série de courts métrages méconnus du public. Following est un film à petit budget réalisé en 1 an et financé à la fois par les Nolan et Jeremy Theobald (l’acteur principal). Chaque Samedi, ils tournaient une partie du long métrage. Les salaires réduits et l’implication des acteurs dans la phase de production ont certainement contribué à créer un sentiment de solidarité au sein de l'équipe et rendu ainsi possible cette expédition hasardeuse qu'est la réalisation d'un long métrage sans financements extérieurs. Le style propre à Nolan est déjà affiché dans ce modeste long métrage : Héros perdu, une déconstruction de la narration, manipulation féminine, résolution pessimiste, etc …

Le film commence en dévoilant un cambrioleur se préparant soigneusement à commettre un larcin. La musique de David Julyan transmet parfaitement, via ses dissonances, la sensation de précipitation, de vitesse et de dextérité nécessaire pour un cambrioleur. Comme dans The Dark Knight, la scène d’introduction montre à l’œuvre l’antagoniste. La seconde séquence illustrant le personnage principal est déjà plus calme et posée. Elle explique la pulsion qu’à ce dernier à espionner les gens dans l’optique de créer un livre.

La rencontre entre le pseudo héros et l’antagoniste survient assez rapidement, ce dernier constate qu’il est suivi par le voyeur. On comprend par la suite qu’il a un sens aigu de l’observation qui permet d’expliquer cette perspicacité. Le suiveur apparaît d’emblée comme quelqu’un de soumis qui semble boire les paroles de son interlocuteur (qui est cambrioleur) plein d’entrain et d’assurance.

Sans encombres, le suiveur et le cambrioleur s’associent pour accomplir un cambriolage dans un appartement. Le cambrioleur lance une discussion métaphysique en justifiant son acte, les gens ne se rendent pas compte de la valeur de leurs objets et ne remarquent probablement même pas leur absence, ils sont posés mais personne ne remet en question leur utilité. Pour signer son acte, il dispose une culotte près des rideaux. La propriétaire de l’appartement revient, le cambrioleur prétend être agent immobilier et use de sa force de persuasion pour s’en sortir. Comble de l’ironie, il laisse une culotte et donne un prétexte à la femme d’accuser son mari de la tromper alors que c’est elle-même qui le trompe.

Comme dans Memento, une ellipse dans le temps est suggérée par le changement de la tenue vestimentaire du voyeur, plus propre et plus soignée. A ce moment, on ne sait pas encore si il s’agit d’un flashback ou d'un flashforward. Le voyeur rencontre une femme qui prétend avoir été volée, on comprendra par la suite que cette rencontre n’est pas le fruit du hasard et que le cambrioleur avait fomenté le coup. L’esthétique est proche de celle des films noirs : vieux bar, l’homme blasé qui rencontre la femme torride et veut la soulager de ses soucis, fumées de cigarettes, ... Le voyeur invite par la suite le cambrioleur à voler son propre appartement afin de voir comment celui-ci va le juger. Comble de l’ironie, il ne veut même pas voler car il juge que le propriétaire de l’appartement est probablement chômeur (ce qui révèle en outre être vrai).

Nouvelle projection dans le temps, cette fois-ci, le héros est blessé et nous n’avons pas encore vu comment. Le spectateur est désorienté, Nolan prend à défaut le spectateur qui est en général surpris par les conséquences d’un acte posé … Ici, c’est l’inverse, il est surpris de ne pas en connaître les causes.

Nolan sollicite sans arrêt la faculté de réminiscence du spectateur. C’est-à-dire qu’il montre un lieu qu’il a déjà évoqué dans un autre contexte, toutefois la scène que nous voyons est chronologiquement antérieure à celle qui précède. Il aime manipuler le spectateur et le perturber via une narration complexe qui oblige une remise en question constante du récit. Il fuit les effets de surprises bon marché … On reconnaît donc ce bureau qui est celui de la maison de la femme, le piano est entre autre l’élément qui permet directement d’identifier le lieu vu son degré d’iconicité. Le voyeur prend les choses en main, c’est lui qui vole tandis que le cambrioleur observe le piano … Cela sera expliqué par la suite, le cambrioleur veut faire en sorte que le voyeur laisse ses traces un peu partout ce qui l’incriminera par la suite. Le voyeur signe sa propre perte !

Une nouvelle fois, le voyeur a changé d’allure. En 1h10 de film, Nolan arrive rapidement à susciter de manière intelligente ses projections dans le temps et ses flashbacks avec originalité et audace. Audace car il n’est pas certain que cette démarche soit comprise de tous et surtout, qu’elle soit comprise en temps et en heure. Désormais les 2 compères fêtent leur cambriolage en mangeant au restaurant. Le cambrioleur invite le voyeur à payer la note avec une carte de banque, on peut à ce moment-là remettre en question la cohérence du récit, qui pourrait signer sur la carte de banque d’un autre sans avoir peur des répercussions ?

Les éléments clés de l’intrigue sont peu à peu dévoilés, le cambrioleur a en fait organisé le cambriolage afin de faire coïncider ses méthodes avec celle d’un autre cambrioleur (le voyeur) pour que celui-ci soit accusé à sa place. La femme amoureuse de lui, propose de séduire le voyeur pour accumuler des preuves à son encontre et aussi, tenter de se débarrasser de son mari. S’ensuit un conflit entre le héros et l’antagoniste au sujet de la femme, le second ne tolère pas qu’elle ait couché avec lui. Il ne dit pas ouvertement que cet élément est la cause de la rixe mais le spectateur le comprend ainsi.

Nouveau bouleversement, le voyeur se rebelle contre le cambrioleur et propose à la femme de l’accuser étant donné qu’elle a les éléments en main pour le faire. Elle refuse considérant qu’elle est maîtresse de la situation. Enfin, le cambrioleur révèle son jeu, il a abusé et de la confiance de la femme et du voyeur. Il travaille en fait pour le mari de celle-ci. Le voyeur est accusé des crimes et des cambriolages. Le cambrioleur s’enfuit, victorieux !
Constatons déjà un fait courant dans le monde du cinéma, Julyan et Nolan s’allient dés le premier long métrage pour accomplir ce chef d’œuvre. Il est donc important de souligner comme le fera Nolan par la suite, que le réalisateur n’est rien sans son équipe (technique, acteurs). On sent le souci permanent de Nolan de vouloir tenir le spectateur en haleine, comme dans Memento, nous avons des nouveaux éléments qui remettent tout en question toutes les 15 min. Les cahiers du cinéma qualifient cette démarche : « Une volonté de se démarquer qui s’assimile à une FBI ! ». Following est un petit bijou, un chef d’œuvre qui révéla un futur maître cinéaste …
27.11.2008
Batman : The Dark Knight (C. Nolan, 2008) - Part 2

La troisième scène introduit Double Face, il est présenté comme un avocat doué mais n’hésite pas à recourir à la violence pour soumettre ses idées. Dans ce cas-ci, il réagit face à une menace mais d’emblée, son caractère est défini comme tel ! Le fait de reposer son choix sur le lancer de pièce est certes impartial mais s’avère en même temps relever du pur hasard et se rapproche du côté irrationnel mais plus démagogique que celui du Joker. C’est aussi une différence notable entre le Joker de Burton et celui de Nolan. Le Joker de Burton était aimé de la population alors que celui-ci fait tout pour l’effrayer.

Bruce Wayne, d’abord introduit en tant que Batman comme héros tout puissant, est ensuite montré en dévoilant ses faiblesses auprès d’Alfred (Michael Caine), ensuite il est réintroduit dans son univers luxuriant auprès de Rachel et Dent. On comprend que leur idylle est finie, Bruce Wayne est alors aux yeux de tous un gai luron qui flambe l’argent de sa famille. Une discussion aborde le sujet de Batman et Wayne s’oppose à celui-ci, c’est Dent qui le défend et s’attire par la même occasion ses faveurs. Même si, somme toutes les 2 personnages Wayne et Dent n’ont rien pour s’entendre …
Enfin survient cette scène dans laquelle le Joker rejoint une réunion de malfaiteurs ! Encore une fois, le personnage est présenté dans une scène qui surenchérit les effets produits sur le spectateur lors de la première scène. Désormais, on sait que les mafieux ont peur de Batman mais que le Joker peut leurs venir en aide pour le vaincre ! Ils en viennent même à oublier le chinois supposé avoir planqué leurs biens, Nolan joue donc excessivement sur le charisme de son antagoniste principal. Il est le seul qui n’hésite jamais et a une conception des choses unidirectionnelle … Même si d’un autre côté, le fait qu’il fasse tout pour qu’on le considère comme un malade ne va pas dans le sens de sa propre conception des choses. Ainsi un dialogue affiche ceci :
Mafieux : « Tu es malade ? »
Joker : « Non, pas du tout … Pas du tout ! »

En fait, ce qui terrifie le spectateur, c’est que le Joker a un but clairement défini mais indicernable. Son projet relève de l’irrationalité même si les moyens mis à sa disposition pour l’accomplir sont quand à eux, tout à fait plausibles et réalistes.
Je ne m’étendrai pas plus sur l’analyse narrative du film pour ne pas spoiler la suite de l’histoire. On peut déjà comme assertion que le Dark Knight s’inspire plus de Batman : The Long Halloween de Loeb et Sale que de celui de Miller ou même de Bob Kane. Le fil rouge de cette histoire est justement la descente progressive de Harvey Dent aux enfers. Cette série retraçait l’enquête de Batman, Gordon et Dent pourchassant un tueur qui ne sévissait que lors du jour d’Halloween. Par ailleurs, cette enquête ne sera jamais résolue, l’aspect intéressant de cette série était que les ennemis principaux de Batman y figuraient.
D’un point de vue musical, Batman : The Dark Knight s’oppose en de nombreux points à Batman Begins. La musique y est plus froide, plus stridente, elle trouverait davantage sa filiation dans un film d’horreur et c’est d’ailleurs l’effet recherché par James Newton Howard et Hans Zimmer, deuxième collaboration inédite des deux monstres de la composition de musiques de films. Ainsi Batman Begins posait des musiques très idylliques, proches de l’irréalisme et empruntes d’une certaine poésie. Celle du Dark Knight est agressive, violente … On peut penser même si les compositeurs ne valident pas ces propos que les parties propres au Joker : Why so serious ?, And I thought my jokes were bad, Chasing cats and dogs appartiendraient davantage au registre d’Hans Zimmer même si elles présentent un caractère assez inédit dans sa musicographie. De fait, on reconnaît directement sa patte dans des BO comme Le dernier Samouraï, Pirate des Caraïbes, Rock … James Newton Howard a à mon avis composé les partitions pour les musiques d’Harvey Dent qui sont plus calmes, plus harmoniques que celles du Joker. Pour celles de Batman, il est difficile de donner un nom particulier car elles alternent entre ces 2 styles définis chez les 2 autres personnages !
Est-ce que le succès de Batman : The Dark Knight est légitime ? Très peu de réalisateurs ont comme Nolan considéré les comics comme une œuvre d’adulte, Nolan aime s’imprégner de la culture dominante du pays dans lequel il s’insère … Précédemment, il avait adapté Le Prestige de Christopher Priest (Une adaptation qui peut d’ailleurs se vanter d’être particulièrement réussie et qui fera peut-être l’objet d’un prochain article) et maintenant, il s’attaque au mythe de Batman qui avait déjà enthousiasmé les foules avec la version de Burton. Désormais, Batman est représenté à l’écran à travers ses multiples facettes et non selon l’unidimensionnalité restrictive du simple vengeur masqué !
Trailer : http://www.youtube.com/watch?v=6UBP2nXtRRo
13:56 Publié dans Howard James (Newton), Nolan Christopher, Zimmer Hans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : double face, joker, burton, nolan, bruce wayne, michael caine, bob kane
22.11.2008
Batman : The Dark Knight (C. Nolan, 2008) - Part 1
The Dark Knight a reçu un succès d'estime, est-ce légitime ?

Bien des réalisateurs ont voulu adapter les aventures du chevalier noir mais peu d'élus parviennent finallement à pouvoir le représenter le plus noir des superhéros. C'est donc Tarantino qui le premier propose un projet d'envergure, mais le film sortira finalement des mains de Tim Burton. Nous ne reviendrons pas sur le succès de cette franchise, dans un sens le style burtonien donne une vision très atypique du mythe mais à contre-courant par rapport à l'évolution même du personnage. Burton en fait une saga grand guignolesque et clinquante, illustre un héros qui a l'ascendant sur toutes situations. Esthétiquement, le jeune homme a certainement fait ses lettres de noblesse mais disons que du point du vue de l'adaptation, il s'avère plus proche du mythe original ne contextualisant pas du tout l'intrigue. La performance de Nicholson donne une dimension particulière au film, l'acteur se plait effectivement dans un rôle à contre-emploi de celui qu'il tenait dans Vol au-dessus d'un nid de coucous par exemple. La suite sera pour certains plus réussie mais la franchise s'effondrera avec les nanards schumacheriens où l'on doute à la fois du choix des acteurs pour incarner le personnage ailé et l'esthétique même du film, une sorte d'atmosphère groovy où seul Sphynx (Jim Carrey) est réellement mis en valeur.
Les années passent, Darren Aronofsky est l'un des noms cité pour réadapter le comics. On lui préfèra toutefois Christopher Nolan, réalisateur de génie de Memento et de Following. Il est étrange de voir d'ailleurs le nom de Chris Nolan évoqué pour la réadaptation car l'histoire n'est pas forcément le terrain privilégié du réalisateur anglais dont le style très personnel, ne pouvait être raisonnablement transposé. Toutefois, son projet séduit. Il propose de revenir sur les origines du héros en s'inspirant des comics contemporaines notamment de Frank Miller et son Year One à l'instar de Burton. Batman : The Dark Knight voit donc le jour et s'avère débuter au moment même où Batman Begins finit, c'est à dire par l'introduction du Joker. Dés la scène d'ouverture, Nolan joue habilement avec ses jeux de masques pour dissimuler l'identité de son antagoniste. Chaque personnage l'introduit en évoquant son nom mais fondamentalement, personne ne sait qui il est ... Soit un fou avec des peintures de guerre ! La focalisation spectatorielle est très efficace dans le sens où malgré le fait que l'on ne sache pas qui est le joker, c'est largement induit. On voit un personnage de dos, qui comble de l'ironie, tient un masque. Dés lors, la question que l'on peut se poser après le film, comment se déroule la vie quotidienne du Joker, a-t-il un masque de clown ou bien va-t-il faire ses courses chez Harrod's avec ses belles cicatrices ? Foncièrement, ce n'est pas intéressant pour nous de le savoir, c'est certain mais constatons simplement le fait qu'à la manière dont il est introduit, le Joker n'existe à l'écran qu'en perpétuel mouvement. Il est dépourvu de tout processus d'humanisation (mouvements saccadés, nonchalants et rebelles) ou d'identification spectatorielle, il existe par et pour lui-même de sorte qu'on pourrait presque penser à un spin off tant le clown maléfique apparaît souvent à l'écran.
D'entrée, Nolan brise en quelque sorte l'univers qu'il a créé dans son premier opus, nous n'avons plus des décors maquettés du Tibet ou d'Arkham style Blade Runner. Désormais, Gotham est une dépersonnalisée (plus de tour Wayne), la peur qui envahit progressivement cette ville n'est pas typique du lieu en lui-même car le fait de vulgariser la ville à ce point nous fait penser que la menace est omniprésente et délocalisée. D'un autre point de vue, le processus filmique de la scène du braquage fait davantage penser à une scène d'action typiquement mannienne. C'est donc un parti pris de Nolan de quitter cet univers idéalisé, naïf du premier. La caractéristique du Dark Knight est justement de nous confronter à la réalité et non de l'éluder. D'ailleurs pour preuve, le Joker n'arbore plus son légendaire sourire et ses cheveux verts, désormais il est un héros mutilé par son père. Car oui, le personnage a plus de substance que chez Burton, il a un passé. Par contre, contrairement à Nicholson, Ledger n'a pas de but si ce n'est le chaos et la volonté de pervertir les âmes. C'est dans ce soucis de réalisme que Nolan se démarque de Burton. Burton a fait une adaptation littérale du comics d'avant-guerre en pensant d'emblée que Batman était une histoire pour enfants, tout y est manichéen et dichotomique ! Nolan s'inspire aussi du passé pour créer le personnage du Joker mais s'émancipe du comics et va carrément à la source même qui a créé le personnage, un long métrage muet intitulé The Man Who Laughs (inspiré d'un roman de Victor Hugo) dans lequel le personnage principal (Conrad Veidt) ne peut que sourire.
Son passé ressemble à celui du Joker, on lui a écarté les lèvres dans l'optique de le transformer en clown. Le jeu des masques des 2 scènes d'introduction du Dark Knight est intéressant. Du point de vue du Joker, tout le monde arbore un masque de clown pour commettre un délit. Dans le cas de Batman, quelques fakes arborent le costume du héros ailé mais sans succès. Si bien l'une que l'autre, elles idolâtrent les personnages principaux, le joker témoigne de son génie pour échafauder un cambriolage duquel il est le seul à pouvoir s'extirper alors que Batman énonce toutes ses potentialités en même temps qu'une faiblesse, son armure n'est pas assez résistante comme si l'évènement simultané illustrant le Joker affectait déjà le statut de Batman. Le visage du Joker est montré dés la fin de la scène d'introduction, son dévoilement procède de la même manière que celle d'un film d'un film d'horreur, d'abord on assiste à l'acte et on constate la cruauté du personnage. Ensuite, on lui donne un visage ce qui permet en soi de matérialiser la peur, là où le film d'horreur persiste en général à dissimuler l'antagoniste à la manière des giallos d'Argento ou Bava par exemple. D'ailleurs, ce clin d'oeil aux films d'horreurs n'est pas le seul, le Joker va par la suite envoyer des communiqués à la presse dans lesquels il s'amuse à mutiler les faux Batman, on y reconnaît cette nouvelle vague de films montrant la mort en direct à travers une caméra subjective : Rec, Le projet Blairwitch, Kaïro dont Tesis est sûrement celui qui a permis de restaurer ce procédé.
18:45 Publié dans Nolan Christopher | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : batman : the dark knight, year one, halloween


