04.07.2009

Sexe, mensonge et vidéo (Steven Soderbergh, 1989)

L'exorcisme par la vidéo

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Sexe, mensonge et vidéo est le premier film de Steven Soderbergh. Soderbergh fût l’un des partisans du film indépendant, il réalise ce film avec très peu de moyens et atteint pourtant des sommets en se voyant offrir la palme d’or à Cannes.

 

Dés lors commence le parcours maintes fois célébré de Soderbergh qui est désormais l’une des valeurs sûres du cinéma hollywoodien.

 

Résumé :

Graham revient dans sa ville natale pour rencontrer un vieil ami, John. Il comprend vite qu’il n’éprouve plus aucuns sentiments envers celui-ci mais apprécie grandement son épouse (Ann). John trompe sa femme avec sa sœur. Graham a pris pour habitude de filmer des femmes racontant leurs déboires, elles se sentent libérées avec lui. En fait, il essaie de les comprendre pour réaliser son grand amour avec une femme qu’il désire ardemment depuis des années. Il s’avère au final que celle-ci l’a trompé avec John, résolu à l’oublier, il emménage avec Ann.

 

Analyse d’une séquence :

John découvre la K7 sur laquelle sa femme avoue être sexuellement insatisfaite. Graham pose quelques questions mais reste relativement neutre pour laisser libre cours à la confession de celle-ci.

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Une inversion des rapports s’opère. Graham est d’abord omnipotent, il pose les questions derrière un objectif qui le protège, sa voix est oppressante et hostile car elle est off, le fait de ne pas visualiser la source rend le personnage plus froid et distant. John est au contraire passif derrière son téléviseur et végète en voyant tristement sa femme révéler ses insatisfactions. Cette scène contraste avec la précédente, Graham est mis dehors par John, celui-ci fait valoir sa supériorité mais ne peut finalement que laver son honneur aux yeux de tous car il sait qu’intimement, il est déjà floué par les deux amants.

 

Un travelling optique sur Ann permet la transition avec la séquence suivante, elle est embarrassée et réfléchit. C’est désormais à Graham à répondre à ses questions. Les couleurs sont désormais plus chaudes, la perspective permet de voir distinctement Graham qui a l’allure décontractée. La pièce est inondée de lumière. En fait, Soderbergh veut faire comprendre au spectateur qu’on change de point de vue et que ce changement s’opère par la vision avec laquelle les personnages perçoivent leur propre rapport. Le plan était bleuté et froid lorsque John voyait sa femme, ce qui sacralise la distance qui les sépare désormais (l’écran est le symbole de cette séparation).

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Pourtant le rapport entre Graham et Ann est bouleversé, elle prend les devants et ceci se démontre par le rapport des regards entre les deux protagonistes, il regarde vers le haut pour la voir et elle fait l’inverse, elle le domine désormais, il doit se dévoiler et arrêter de se cacher derrière sa caméra et faire sa propre confession. Graham fuit son regard et préfère regarder le sol.

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Enfin, ce plan emblématique montre que Ann a le dessus par sa pose décontractée, son regard déférent alors que Graham croise les bras en guise de protection et pointe le regard vers le sol. Les photographies qui le surplombent représentent des personnages qu’il a interviewé par le passé, il doit au même titre passer à table. Il est éclairé par la lampe, ce qui donne l’impression qu’il est l’attraction de la séquence et isole presque Ann.

 

Ces quelques séquences montrent l’effet cathartique sur Ann de sa rencontre avec Graham, elle a besoin de soulager le mal de celui-ci pour le conquérir, exorciser celui-ci. Cet exorcisme ne peut se faire que par la caméra. Graham dit au début du film qu’on ne peut se confier qu’avec les personnes avec qui l’on couche … mais il comprend qu’il ne peut réprimer son envie pour Ann !