23.03.2009

La mouette, Oncle Vania, Les trois soeurs

Tchékhov et le renouveau du drame social !

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Il est difficile de retracer l’œuvre de Tchékhov tant celle-ci est volumineuse et qu’il est faux de prétendre mieux la connaître que d’autres qui ont passé une vie à l’étudier. C’est donc en béotien que je me permets de donner quelques précisions sur l’homme et son œuvre.

Tchékhov est pour beaucoup l’écrivain russe par excellence. Que ce soit Gogol, Pouchkine, Dostoievsky ou Tolstoï, une influence occidentale se fait ressentir. Tchékhov étudie des motifs récurrents : question de l’enseignement, du savoir mais dans une perspective typiquement russe qui est bien loin des descriptions de paysages ou psychologiques, respectivement de Gogol ou de Dostoievsky.

Tchékhov est avant tout un athlète et est loin de correspondre à un portrait d’intellectuel ramolli. Il est fier d’être une sorte de miraculé d’une famille pauvre. N’ayant pu terminer ses études, il quitte rapidement l’école et se consacre à la lecture des chefs d’œuvres occidentaux. Si il s’y attarde autant, c’est justement pour insérer les mêmes problématiques dans une perspective russe et non pour plagier les auteurs d’Europe de l’Ouest.

Malgré sa pauvreté, Tchékhov participe aux soirées mondaines mais se distingue par son caractère évasif, toujours appliqué, froid et rigide. De nombreux hauts fonctionnaires se confient à lui pour avoir son avis sur divers problèmes, mais Tchékhov quitte souvent instantanément les soirées auxquelles il est convié pour aller gratter quelques lignes dans son bloc note.

Il passera une grande partie de sa vie à envier le succès de certains de ses compatriotes et pleurera tout un temps l’insuccès (de son vivant) de ses livres. Tchékhov, c’est malgré sa voix mécanique et hostile, un homme profondément juste et avenant. Il ne dira jamais à quelqu’un que son travail est médiocre et est toujours prêt à encourager les débutants pour ne pas briser leur créativité.

Souvent incompris, Tchékhov s’entoure de personnes qui reconnaissent son talent (citons Gorki et Souvorine) et l’aident à rencontrer le succès publique. Son œuvre traite souvent des mêmes sujets : famille, héritage, vieillesse qui se cherche une raison, naissance du progrès, remise en question de la bourgeoisie … Tchékhov est un écrivain de son temps qui arrive parfaitement à retransmettre le climat politique angoissant d’un pays qui approche d’une (r)évolution fondamentale …



La mouette (1895)

mouette.jpegL’histoire d’une famille dont le fils pleure l’insuccès critique de ses pièces mais dont la qualité est reconnue des critiques. Malgré l’affection des siens et le soutien particuliers d’un célèbre metteur en scène. Le jeune Tréplev identifie le destin à celui d’une mouette échouée, il aurait eu la possibilité de survoler les arts et de connaître succès et gloire mais au même titre que cette mouette, il échouera … La pièce se solde par son suicide.

La mouette fût un énorme flop à sa sortie. Plusieurs raisons en incombent, la première et principale étant donné que les acteurs avaient pour habitude de jouer dans des pièces comiques, le public n’a pas saisi la portée tragique de l’œuvre. Hué, Tchékhov songe à abandonner l’écriture de pièces de théâtre mais son ami Souvorine écrit dés le lendemain un article qui prête l’attention sur la qualité remarquable de l’œuvre du dramaturge russe. Quelques années plus tard, la mouette sera unanimement plébiscité comme étant l’une des meilleures pièces de Tchékhov.

Pour ma part, malgré les qualités indéniables de cette pièce. Il est très difficile de s’y retrouver et qui plus est de s’attacher aux personnages. Tréplev, d’emblée dépressif, ne croît pas en son succès, on ne peut qu’assister à son destin tragique … Une difficulté fondamentale chez Tchékhov, c’est l’utilisation récurrente de plusieurs nominations d’un même personnage ce qui rend délicate l’approche de son œuvre. Plusieurs références à Tourgeniev sont à relever : « Heureux celui qui, en de pareilles nuits, est assis chez lui sous un toit. » (Extrait du roman Roudine (1856) de Tourgeniev).



Oncle Vania (1896)

oncle vania.jpegDans la campagne russe. L’oncle Vania songe régulièrement à mettre un terme à sa vie pitoyable. Il a durant toute sa vie été le mécène d’un scientifique raté. Sonia, sa fille, s’éprend d’un médecin qui songe avant tout à fuir la campagne russe pour venir en aide aux citadins de Moscou. Vania finira par vouloir tuer l’homme qui l’a toujours dévoyé et dans un ultime rebondissement, il en sera empêché …

La thématique de l’Oncle Vania et les personnages sont à peu de choses près les mêmes que ceux d’une autre pièce de Tchékhov, à savoir Le génie de bois, Oncle Vania s’avère être d’une meilleure qualité. Stanislavski reconnaîtra celle-ci comme la première grande œuvre tchékhovienne. On reconnaît après coup qu’Oncle Vania aura à long terme moins de succès que La mouette. Jugée comme étant une pièce gauchisante (ce qui n’est pas faux), Tchékhov aura toujours le soutien de Lénine. Gorki reconnaît en Tchékhov, un réalisme extrêmement mûri et spiritualisé.

Oncle Vania est avant-gardiste dans le sens où il pose les bases de la logique stakhanovienne (Travailler pour le parti et oublier la misère de la vie) bien avant la révolution russe. Les personnages y sont simplistes : Astrov (docteur altruiste nomade), Vania (Vieux propriétaire blasé et dévoué), Sonia (Frustrée d’un amour inabouti, veut avant tout le bonheur du père) et Sérébriakov (scientifique raté) mais la manière dont l’histoire est articulée de manière originale et est emblématique d’une société en crise et en perpétuelle métamorphose. Conflit entre le monde ouvrier et la modernité, jeunesse et vieillesse, sédentarisme et nomadisme. Tout comme dans la mouette, la pièce se solde par la fuite des principaux protagonistes …



Les trois sœurs (1898)

3soeurs.jpeg3 sœurs (Olga, Macha, Irina) et leur frère (Alexei) racontent leurs tribulations. Leurs maris vont bientôt partir au combat. Irina refuse les avances de Soliony (homme pédant), les 2 autres pleurent leur vie d’assistée. Alexei ne parvient pas à recadrer la situation dans cette famille. Irina finit par perdre le baron (son mari) au cours d’un duel … Les hommes partent au combat !

Les 3 sœurs connaîtra un grand succès public. Le contexte politique joue en la faveur de Tchékhov, les manifestations estudiantines correspondent parfaitement aux prévisions de guerre avancées par la pièce. Toutefois, plusieurs éléments gâchent la préparation du spectacle, Tchékhov crée trop de personnages et envisage des destins trop funestes aux personnages (Macha était supposée se suicider), les monologues sont ennuyeux, les comédiens interprètent mal le texte (selon Stanislavski qui interprètera lui-même le rôle du controversé Andreï) jouant la tragédie alors que la pièce devait être envisagée comme une comédie. Léonid Andréïev donnera pourtant son soutien à Tchékhov (critiqué par la presse pour son pessimisme), il dira que la pièce est philosophique et non un drame de mœurs (à l’instar d’Ibsen). Léonid dira : « La nostalgie de la vie, tel est le puissant état d’âme qui du début à la fin traverse la pièce et, par les larmes de ses héroïnes, chante un hymne à cette vie même. » Beaucoup diront à juste titre que la pièce n’égale pas les deux précédentes.

Les 3 soeurs évoque une problématique intéressante, la Russie en comparaison à l'extérieur. Les gens qui parlent français sont perçus pour être des bourgeois. Cette pièce est celle que j'ai le moins apprécié jusqu'à présent. Les personnages sont quelque peu insipides (Irina qui se plaint d'une vie sans amour, c'est un peu banal à mon goût). Il y a effectivement trop de personnages, on s'y perd et seul le personnage de Soliony s'avère être réellement intéressant et atypique ...